Enquête nationale : de plus en plus de Belges disent comprendre ou soutenir la mobilisation sociale

Enquête nationale : de plus en plus de Belges disent comprendre ou soutenir la mobilisation sociale

Les mobilisations sociales bénéficient d’un soutien plus large qu’imaginé, et ce au-delà des clivages traditionnels. C’est là l’un des principaux enseignements de “De Stemming / L’Enquête nationale” 2026.

Menée entre au printemps dernier auprès de près de 5.400 citoyens dans les trois Régions du pays, cette vaste enquête réalisée par les politologues Stefaan Walgrave, Jean-Benoît Pilet, Jonas Lefevere et Hugo Spruyt (Université d’Anvers, ULB, VUB et Université de Liège) montre qu’une majorité de Belges comprend, voire soutient, les mobilisations sociales. Une évolution par rapport aux études précédentes, qui s’inscrit dans un contexte de fortes inquiétudes économiques et d’un sentiment croissant d’injustice sociale.

L’économie au cœur des préoccupations

D’où vient cette évolution ? Pour Jean-Benoît Pilet, politologue à l’ULB et co-auteur de l’étude, la réponse se trouve d’abord dans les préoccupations exprimées par les citoyens et citoyennes.

« L’économie est aujourd’hui l’enjeu numéro un. Un tiers des personnes interrogées citent spontanément les questions économiques ou financières comme principal problème auquel la Belgique est confrontée. », explique-t-il. Cette préoccupation progresse encore par rapport aux précédentes éditions de l’enquête, tandis que d’autres thèmes comme la migration, la Justice ou la criminalité sont moins cités. Le chercheur indique que les questions de budget, de sécurité sociale sont également citées parmi les principales préoccupations. En d’autres termes, ce sont avant tout les conditions de vie concrètes qui préoccupent les Belges.

À cela s’ajoute un pessimisme économique généralisé, qui traverse l’ensemble du pays. Si la Flandre apparaît légèrement moins inquiète, toutes les Régions partagent le sentiment que « la situation économique se dégrade et que les revenus ne suivent plus l’évolution du coût de la vie. Ce pessimisme dépasse les clivages gauche-droite et les différences régionales », observe Jean-Benoît Pilet.

Sur qui frappe la mesure?

L’enquête montre également que les Belges – dans leur soutien ou jugement des mesures gouvernementales – distinguent fortement les dispositions ciblant certains groupes de personnes  de celles qui demandent un effort généralisé.

Ainsi, certaines réformes touchant des groupes spécifiques de personnes bénéficient d’un soutien relativement stable et élevé  « surtout si on fait passer le message à la population qu’il y a de l’abus, au sein ces groupes. Ce sont des mesures qui divisent, au niveau des électorats, majorité et opposition. »

Sentiment d’injustice sociale qui progresse

En revanche, les mesures qui touchent directement l’ensemble des citoyens et citoyennes suscitent beaucoup plus de réserves. Selon l’étude, le soutien au plafonnement de l’index reste très faible, tout comme celui à une hausse de la TVA. Les sanctions liées à un départ à la pension avant 67 ans recueillent elles aussi peu d’adhésion.

Au-delà de ces mesures spécifiques, une majorité de répondants estime que le gouvernement fédéral traite injustement certains groupes, notamment les femmes, les personnes âgées, les personnes malades et les plus précaires. Selon les chercheurs, cette perception d’injustice sociale progresse.

« Un nombre croissant de citoyens disent : « Je ne suis pas touché par la mesure, mais je comprends pourquoi ces personnes manifestent. » C’est un point de bascule important »

Jean-Benoît Pilet, politologue

Comprendre sans être directement concerné

L’un des enseignements les plus intéressants de l’étude concerne l’évolution du regard porté sur les personnes directement touchées par ces politiques. « Nous constatons une augmentation de la compréhension – certes chez les personnes concernées par les mesures, mais aussi chez celles qui ne le sont pas directement. Un nombre croissant de citoyens disent : « Je ne suis pas touché, mais je comprends pourquoi ces personnes manifestent. » C’est un point de bascule important », souligne Jean-Benoît Pilet.

Autrement dit, le soutien aux mobilisations ne repose plus uniquement sur les personnes directement visées par les réformes. Il s’étend aussi à une partie de la population qui s’identifie aux difficultés rencontrées par d’autres catégories de travailleurs et de citoyens. Les chercheurs relèvent également que cette compréhension dépasse largement les clivages habituels. Elle se retrouve dans l’ensemble des catégories de revenus, des groupes socioprofessionnels, des communautés linguistiques et des sensibilités politiques.

Des attentes parfois mal perçues

Les résultats mettent enfin en évidence un décalage entre certaines représentations du débat public et les attentes réelles de la population. Par exemple: les répondants souhaitent majoritairement investir davantage dans les soins de santé et l’enseignement. À l’inverse, ils sont plus nombreux à vouloir réduire les dépenses consacrées au fonctionnement de l’État ou aux aides aux entreprises.

Pour Jean-Benoît Pilet, ces résultats invitent donc à nuancer certaines idées reçues. « Il existe une surestimation du positionnement à droite de l’opinion publique, y compris parmi les responsables politiques. On el voit dans la volonté d’investissement dans les soins ou l’enseignement. Cela vaut également pour les questions climatiques. Les élus surestiment le rejet des mesures environnementales au sein de la population. Les gens sont disposés à faire des efforts en la matière. Nous espérons, par les résultats de cette étude, réduire ce biais. »

En chiffres: le soutien à la protestation sociale

Source: De Stemming / L’Enquête nationale 2026.

La part des personnes qui désapprouvent complètement les protestations sociales recule nettement. Dans un contexte marqué par les inquiétudes économiques, le sentiment d’injustice et la crainte d’un déclassement social, les auteurs de l’étude estiment que ce climat constitue un terreau favorable à la polarisation, mais aussi aux mobilisations collectives. « Une réalité que l’on constate déjà ».

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine, FGTB |  Plus de publications

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