Philippe Borsu : « Il y a une volonté politique et symbolique derrière cette réforme »

Philippe Borsu : « Il y a une volonté politique et symbolique derrière cette réforme »

Le gouvernement fédéral poursuit sa réforme de limitation des allocations de chômage dans le temps. Sur le terrain, les inquiétudes grandissent, tant du côté des personnes concernées que des services chargés d’accompagner les demandeurs d’emploi. Nous avons interrogé Philippe Borsu, Secrétaire fédéral à la FGTB et expert des questions chômage.

Le gouvernement prétend que cette réforme permettra de remettre massivement des personnes à l’emploi. Que disent les faits ?

Les faits disent que ce n’est pas le cas. De nombreuses études le prouvent. Il faut déjà regarder de près ce que le gouvernement appelle un «  retour à l’emploi  ». Dans les statistiques, un emploi d’un jour est comptabilisé comme une reprise d’emploi. Cela permet ensuite d’annoncer des chiffres positifs, mais cela ne dit rien de la qualité ou de la stabilité du travail retrouvé.

Présenter cela comme une réussite, c’est un peu facile, politiquement…

De nombreux témoignages montrent aussi que des personnes ayant travaillé et cotisé pendant des années vont être exclues, ou l’ont été. La réforme ignore complètement les parcours de vie…

Oui, clairement. Nous recevons énormément de témoignages de travailleurs et travailleuses qui ont cotisé pendant longtemps, qui ont connu des périodes d’emploi, des carrières parfois difficiles, parfois fragmentées, et qui se retrouvent aujourd’hui menacés d’exclusion.

Cette réforme applique une logique extrêmement brutale et administrative, sans tenir compte des réalités humaines et des parcours de vie.

Est-ce une forme d’aveuglement politique ?

Non. Il y a clairement une volonté politique derrière cette réforme. De Wever l’a évoqué… Pour lui, il s’agit d’une forme de réforme de l’État qui ne dit pas son nom. Dans les faits, l’impact frappe principalement Bruxelles et la Wallonie, où se concentre une grande majorité des demandeurs d’emploi de longue durée. Il y a aussi une dimension symbolique derrière. Le gouvernement voulait montrer qu’il «  agissait  » fortement sur le chômage. Mais derrière cet affichage politique, les conséquences sociales et humaines sont énormes.

On entend également de plus en plus parler des difficultés rencontrées par les CPAS…

Oui. Au départ, le gouvernement expliquait qu’un tiers des personnes concernées retrouverait un emploi, un tiers se tournerait vers les CPAS et un tiers sortirait complètement des radars.

Mais sur le terrain, les CPAS constatent déjà une augmentation très importante des demandes d’aide. Dans certaines communes, on dépasse largement le tiers annoncé. Plusieurs CPAS ont d’ailleurs demandé une suspension ou un report de la mise en œuvre de la réforme, tant la charge de travail devient ingérable. Des compensations financières ont été annoncées, mais elles restent largement insuffisantes face à l’ampleur des besoins.

Et du côté des services chômage et des affiliés, quel est le climat aujourd’hui ?

La situation est très compliquée. Psychologiquement notamment. Il faut guider, accompagner, rassurer les personnes concernées, autant que possible. Mais par ailleurs, du côté de nos services, les agents sont soumis à une pression énorme. Les équipes doivent gérer des volumes très importants de dossiers, répondre à des personnes inquiètes, tout en faisant face à des règles administratives de plus en plus complexes. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’il y a moins de dossiers chômage qu’il y a moins de travail à fournir, bien au contraire.

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine, FGTB |  Plus de publications

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