Face aux attaques de plus en plus violentes contre les droits sociaux et le monde du travail. Face à la montée de l’extrême droite : vent debout ! La FGTB a choisi une image forte pour son congrès 2026 : celle d’un navire. Un navire où chacune et chacun a sa place, où personne n’est laissé sur le quai et où la solidarité reste la seule et unique boussole.
Pendant trois jours, près de 1 500 militants issus des centrales professionnelles et des régionales de la FGTB se sont réunis autour de ce fil conducteur : « Tous et toutes à bord ». Un thème qui dépasse la métaphore maritime et qui raconte ce qu’est le syndicalisme. Ce qu’est la FGTB depuis toujours : une aventure collective. Qui rassemble des femmes et des hommes d’horizons différents autour d’un objectif commun. Celui de défendre les travailleurs et travailleuses, tout en leur construisant une société plus juste.
Ce congrès s’est déroulé dans un contexte politique particulièrement tendu. Depuis deux ans, les mobilisations sociales se succèdent, contre l’Arizona et ses frappes incessantes. Les politiques d’austérité fragilisent les services publics et le pouvoir d’achat, tandis que les libertés syndicales sont de plus en plus remises en question. En Belgique comme ailleurs, les discours de haine gagnent du terrain, les idées d’extrême droite progressent. Plus que jamais, la FGTB a voulu faire de ce congrès un moment de réflexion, de partage, mais aussi de mobilisation.
Au fond, derrière les attaques contre nos pensions, nos statuts ou nos droits
Flore-Anne Pirson, déléguée CGSP Cheminots
syndicaux, c’est toujours la même idée : affaiblir les solidarités collectives
pour renvoyer chacun à lui-même. Nous refusons cette société-là. Nous
croyons au service public, à la concertation sociale et à la force du collectif.
L’importance de l’international
Ce congrès a débuté par un séminaire international. Car les combats syndicaux dépassent largement les frontières nationales. Les échanges avec les syndicalistes venus des quatre coins du monde ont permis de mesurer combien les défis et les préoccupations sont similaires partout. Et partout, la solidarité demeure le levier le plus fort pour y répondre.
Un moment de solidarité avec le peuple palestinien est également venu rappeler que la défense des droits humains constitue un engagement qui dépasse les seuls enjeux du monde du travail.
Une démocratie vivante
Au fil des trois journées, le congrès a alterné les formats et les regards. Débats, témoignages de délégués, interventions inspirantes, moments artistiques et échanges militants se sont succédé, donnant à l’événement un rythme vivant et une véritable richesse.
Parmi les moments forts, un débat essentiel sur le droit de protester, réunissant la société civile et les syndicats internationaux. Car à travers le monde, les libertés syndicales et le droit de manifester font l’objet d’attaques de plus en plus fréquentes. Criminalisation de l’action syndicale, restrictions au droit de grève, limitations des manifestations… Les intervenants ont rappelé qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie sans la possibilité pour les citoyens, les travailleurs et les travailleuses d’exprimer leurs revendications.




Cette réflexion s’est naturellement prolongée autour de la montée de l’extrême droite et des atteintes aux droits fondamentaux.
S’ils s’attaquent à la jeunesse, c’est parce qu’ils ont peur. Peur qu’on
Jeunes FGTB
s’organise. Et surtout peur que la riposte ne soit trop forte et renverse le
cours des choses.
La FGTB a réaffirmé avec force que les valeurs qu’elle défend – solidarité, égalité, démocratie et justice sociale – sont incompatibles avec les discours de haine, de discrimination ou d’exclusion. Plus qu’un positionnement politique, il s’agit d’une fidélité aux valeurs fondatrices du mouvement syndical.

« La peur est notre quotidien » : soutien à Sandrine
Parmi les moments forts en émotion, le témoignage de Sandrine Tshibangu Mpunga, militante sans papiers : « Certains politiciens cherchent à faire de nous des criminels. Chaque sortie en rue, est un danger imminent. Même dans nos domiciles nous ne serons plus en sécurité. La peur est notre quotidien. C’est comme si nous n’étions plus des êtres humains. »
Sandrine vit en Belgique depuis 2017. Elle porte en elle des valeurs de solidarité, de bienveillance et d’humanité. Par ses actions, elle vient notamment en aide aux personnes en situation de fragilité numérique. Elle a suivi de nombreuses formations, telles que l’apprentissage de l’anglais, du néerlandais, le droit international et humanitaire. Des entreprises prévoient déjà de l’engager au vu de ses multiples compétences et qualités, dès qu’elle obtiendra un titre de séjour.
C’est pourquoi nous demandons aux autorités compétentes de le lui accorder.
Nouveau militantisme
Le congrès s’est également intéressé aux nouvelles formes d’engagement. Comment toucher les jeunes générations ? Comment porter des messages complexes dans un monde où l’information circule en quelques secondes et où l’IA brouille les pistes ?
L’intervention consacrée aux réseaux sociaux a montré que ces plateformes ne sont pas seulement des espaces de divertissement. Elles sont aussi devenues des lieux où se construisent des mobilisations, où se déconstruisent les fausses informations et où il est possible de faire vivre autrement les valeurs syndicales. Adapter les outils de communication ne signifie pas changer les convictions : c’est trouver de nouvelles façons de transmettre un même message.
L’art qui rassemble
Ces journées ont également laissé une large place à la culture et à l’émotion. Des artistes engagés — Dena, Sondron, Lost Niños, Bekvegter, Giovanni Baudonck, Tijs Delbeke — sont venus rappeler que la musique, les mots et les créations artistiques accompagnent depuis toujours les luttes sociales.
Deux expositions photo, l’une sur la transition juste et l’autre sur la poésie en tant qu’outil de lutte, et un atelier de sérigraphie ont animé les congressistes pendant les pauses.




Cap pour quatre ans
Mais un congrès est aussi le moment où une organisation définit son cap. Les congressistes ont ainsi débattu des orientations qui guideront l’action de la FGTB pour les quatre prochaines années. Lutte contre l’extrême droite, protection des droits syndicaux, salaires et sécurité d’emploi, pensions dignes, égalité de genre, fiscalité juste, défense de la sécurité sociale et des travailleurs malades, renforcement des services publics, ou encore transition juste, tant au niveau de l’industrie, que du climat ou de l’évolution numérique, politique migratoire humaine… Autant de priorités qui traduisent une même ambition, celle de replacer l’humain au coeur des choix politiques et économiques.
La réélection de Bert Engelaar à la présidence et de Selena Carbonero Fernandez au poste de secrétaire générale s’inscrit dans cette volonté de poursuivre le travail engagé. Tous deux ont appelé les militants à continuer à construire un syndicalisme
combatif, ouvert et résolument tourné vers l’avenir.

« Le pire serait qu’ils arrivent à nous faire croire qu’il n’y a pas d’alternative. L’Arizona passera mais nous, on restera ! Tout le monde à bord, c’est un projet de société, pour un avenir commun. C’est celui de la FGTB. C’est faire le choix de la solidarité et pas de la loi du plus fort. Toutes nos conquêtes sociales sont nées d’une audace, celle de penser qu’on peut transformer le monde. »
— Selena Carbonero Fernandez
Au terme de ces trois journées, un message ressort avec force. Le syndicalisme ne consiste pas uniquement à défendre des acquis ou à négocier des conventions collectives. Il est aussi un espace de réflexion, de solidarité, de culture et de démocratie. Un lieu où se rencontrent des générations différentes, des expériences diverses et des combats qui, mis bout à bout, dessinent un projet de société.
Dans un monde où les vents contraires soufflent avec toujours plus de force, le thème du congrès rappelle qu’aucune tempête ne se traverse en solo. Et que le plus grand défi du mouvement syndical reste sans doute celui-ci : chacun et chacune, nous ne sommes pas les passagers d’une société à la dérive. Nous sommes l’équipage qui avance vers plus de justice sociale.

« Le changement ne vient pas d’en haut. Il naît de la base. Quand des femmes et des hommes se regardent et réalisent que leur problème est aussi celui des autres. C’est de cette conscience commune que naît le syndicalisme. C’est là que l’espoir se transforme en action. Faisons de notre pays, à nouveau, le coeur battant des luttes sociales.«
Bert Engelaar





