‘Textile au fil des femmes’, histoires de textiliennes

‘Textile au fil des femmes’, histoires de textiliennes

Le projet “Le textile au fil des femmes” retrace l’expérience de travailleuses du textile et de la confection, dans la région de Mouscron et sa frontière. Entre souvenirs, anecdotes et documents d’époque, l’objectif est de documenter la grande époque textile. Syndicats Magazine et la FGTB ont contribué à ce beau projet.

Témoignages et photos

“Des heures de gloire au déclin des plus grosses entreprises régionales, des familles entières ont vécu au rythme des machines de l’industrie textile”. Le projet est né de la volonté de montrer cette époque, sous un angle féminin, très peu documenté. Pourtant, les femmes – et les très jeunes filles – avaient une place bien à elles dans les métiers du textile. Une quinzaine de textiliennes – pour le moment – ont accepté de témoigner dans le cadre du projet. D’autres ont transmis des photos, documents, fiches de salaires… de leurs aïeules tisserandes ou couturières. La FGTB a fourni des images d’archives, des textes et documents. Le résultat ? Une exposition itinérante, qui a notamment été présentée lors des journées du patrimoines par PAC Mouscron et la Maison du Tourisme locale, un site internet, et un projet amené à se développer.

“On n’ouvrait pas notre enveloppe”

La plupart des travailleuses qui ont accepté de témoigner sont aujourd’hui pensionnées. D’autres sont en fin de carrière. En parcourant toutes ces histoires, on se rend compte d’une chose : la culture commune est bien là. Les anecdotes se ressemblent. Des dizaines d’ateliers de confection aux très grandes filatures, c’est tout Mouscron, comme d’autres régions en Belgique, qui a littéralement vécu pour et par son textile pendant des décennies.

On commençait jeune, très jeune, à travailler. 14 ans, juste après l’école. “Le travail, c’était la liberté !”, indique Chantal, qui a travaillé aux Moulinages Motte. “C’était un jeu pour nous. Un moyen de sortir de chez nous. Mais tout était géré par nos parents. C’était comme ça à l’époque. On recevait notre paie, mais on n’ouvrait pas l’enveloppe ! Elle partait directement à nos parents, et éventuellement on recevait notre « dimanche » si on avait bien travaillé durant la semaine. Pas si on avait été malade ! Car si on ne pouvait pas travailler, on ne pouvait pas sortir non plus ! Ma première paie, je l’ai eue « pour moi » après mon mariage seulement.”

14 ans, c’est un âge où on est encore, physiquement aussi, un enfant. Edith, ancienne déléguée FGTB aujourd’hui retraitée, nous en parle. “J’avais une famille qui ne poussait pas aux études, alors j’ai travaillé jeune. J’étais d’abord bâcleuse, en retorderie.” Après quelques années, Edith passe “sur machine”: le continu à retordre. “J’étais petite, pas « formée », mais je faisais un métier lourd. Avec toutes les conséquences sur la santé… J’ai des problèmes de hanche aujourd’hui, une scoliose…

Un travail dur

Des problèmes physiques, troubles musculo-squelettiques, douleurs diverses, sont monnaie courante dans les métiers du textile. Annie travaillait dans la confection, à Tourcoing, dans les années 60. Malheureusement, elle n’a pas pu poursuivre sa carrière, car une blessure au dos l’a invalidée assez rapidement. “Il fallait toujours être penchée sur la machine, dans une position inconfortable. Il fallait travailler très vite, de plus en plus vite. Notre travail était chronométré, et on était payées à la production. Vous savez, c’était le début de la modernité, on travaillait, mais il n’y avait pas spécialement d’attention portée au confort du personnel…”

Jocelyne travaillait chez Motte, aux bobinoirs, de 1976 à 1982. Elle se souvient du rythme et des conditions de travail. “Chez Motte il fallait beaucoup travailler. On n’avait pas de réfectoire, on mangeait sur un petit banc et une caisse en carton. On avait ‘du bourre’ sur la tête, sous notre tablier, jusque dans notre nombril ! C’était chaud, ça collait. Et c’était lourd, ces bobines… Je me souviens de mon premier été, il faisait tellement chaud, les gens tombaient malades sur leur machine.”

“On en a eu des misères… mais aussi des fous rires !”

Mais au-delà de la pénibilité du métier, elles étaient aussi fières du travail accompli. Raymonde travaillait au sein de la Herseautoise, elle contrôlait la qualité du fil. « Notre fil était connu comme étant le plus beau fil de la région. » Et elles travaillaient dur! « Je contrôlais 60 kilos de fil par heure. On était à la production, ça devait aller vite ! Parfois on était chronométrées…“On en a eu des misères… mais aussi des fous rires !”, poursuit une ancienne travailleuse de chez Motte, aujourd’hui pensionnée. “On était une équipe très soudée. C’était un secteur solidaire, bienveillant. Nous n’étions pratiquement que des femmes. Bien sûr, avec des caractères différents… Mais j’en côtoie encore certaines, on va parfois manger ensemble.” Si toutes les travailleuses rencontrées n’ont certes pas le même vécu, pas la même expérience, nombreuses sont celles qui regardent leur passé textile avec une heureuse nostalgie.

Douloureux déclin

Faillites. Licenciements collectifs. Cellules de reconversion. L’industrie textile, à partir des années 80, a connu un déclin aux lourdes conséquences pour la région, et pour les travailleurs et travailleuses. Une ancienne déléguée, qui a souhaité rester anonyme, nous parle de son expérience au sein du géant Motte. “J’ai vécu toutes les faillites, toutes les reprises. Je ne sais pas les compter. Être déléguée… C’est un combat, tout le temps. Ça rend plus dure, plus déterminée, même dans la vie de tous les jours. J’étais tellement fâchée…. J’ai toujours lutté. Celui ou celle qui fait ça avec passion doit lutter aussi pour expliquer ce qu’il fait, et pourquoi. On se fait des amis et des ennemis.”

“Je me souviens, quand j’ai dû rendre le matériel. Ma petite fille avait quatre ans. J’étais au continu à filer. Il fallait nettoyer les machines avant de partir. En le faisant, je pleurais.”

Vinciane

Appel aux témoignages

Sur le site “Le textile au fil des femmes“, vous lirez bien plus de ces histoires et témoignages. Certaines images nous font remonter à la fin du dix-neuvième siècle. Une brochure en format pdf est également disponible à la lecture. Et ce n’est pas fini : un appel est lancé pour poursuivre la collecte de récits et documents, afin de documenter au maximum cette période importante de l’histoire de l’industrie belge.

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine à FGTB

2 réactions sur “‘Textile au fil des femmes’, histoires de textiliennes

  1. Coucou,

    Sans oublier cette autre secteur du textile qui est la teinture.

    C’était pas facile non plus, et pas très bien payé, j’y ai pourtant passé toute ma vie. Manoeuvre, ouvrier, ouvrier spécialisé, brigadier, chef d’équipe, pour finir chef d’atelier.

  2. Et tout les tissages dans la région personnellement j’ai fait 38annee dans le tissage région dottignies. Et finit en flandre

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