Tous les trois ans, l’enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail dresse un état des lieux des habitudes de mobilité en Belgique. Depuis 20 ans, comment ont évolué les déplacements domicile-travail?
Plus de 4 000 employeurs ont participé à cette septième édition de l’enquête. Ce qui permet d’analyser les déplacements de près d’ 1,8 million de travailleurs et travailleuses. Les résultats 2024-2025 dressent par ailleurs un bilan de 20 ans en matière de déplacements domicile-travail.
Une enquête pour qui?
Obligatoire pour les employeurs – publics et privés – qui occupent au moins 100 travailleurs (et pour chaque site de minimum 30 personnes), cette enquête repose également sur l’implication des représentants des travailleurs et travailleuses au Conseil d’entreprise, qui doivent remettre un avis sur les données collectées. « C’est à partir de ces données que les délégué·es et les entreprises discutent pour trouver des solutions aux problèmes de mobilité, et mettre en place des dispositifs qui permettront aux travailleurs d’opter pour des choix de mobilité plus durables« , indique Julie Rigo, conseillère Cellule Mobilité au Cepag.

Le réseau intersyndical de sensibilisation à l’environnement – RISE – fête ses 30 ans! Rendez-vous le 26 juin à Beez pour un colloque sur l’environnement et la mobilité dans les entreprises wallonnes. Pour en savoir plus: rendez-vous sur www.rise.be
La Cellule Mobilité du CEPAG sensibilise, forme et outille les équipes syndicales dans le but de promouvoir des modes de déplacements durables et financièrement abordables. Elle propose des formations, des fiches pratiques et un soutien personnalisé de projets.
Le vélo poursuit sa progression!
Donnée importante: les modes actifs – vélo et marche – dépassent désormais les transports publics, dont la part reste globalement stable sur vingt ans. Ces modes actifs sont particulièrement présents en milieu urbain, où l’accessibilité et les distances influencent évidemment les choix de déplacement.
L’un des changements les plus marquants concerne l’usage du vélo. En vingt ans, sa part modale a plus que doublé, passant de 7,8% des trajets en 2005 à 16,5% en 2024.
Les disparités régionales restent toutefois importantes : en Flandre, 24 % des travailleurs utilisent le vélo pour se rendre au travail, contre 9,4 % à Bruxelles et… 3,3 % en Wallonie. La progression est toutefois générale depuis 2021 : +15,8 % en Flandre, +29,7 % à Bruxelles et +35,1 % en Wallonie.
Cette évolution s’explique notamment par le développement du vélo électrique, l’amélioration des infrastructures (pistes, parkings) et l’indemnité vélo, rendue attractive par son exonération fiscale. Notons que l’enquête ne prend pas en compte les utilisateurs occasionnels, qui prennent le vélo certains matins d’été, et pas le reste de l’année.
Voiture: d’importantes différences régionales
La voiture demeure toutefois le mode de transport le plus utilisé pour les trajets domicile-travail. Sa part a cependant diminué de 8 % en vingt ans, passant de 66,8 % à 61,4 %. Les réalités régionales sont très contrastées. À Bruxelles – bouchons obligent – la part de la voiture a fortement reculé (30,4 % des déplacements en 2024, soit une chute d’un tiers). En Flandre, la baisse est en grande partie compensée par l’essor du vélo. En revanche, en Wallonie, l’usage de la voiture a légèrement augmenté, atteignant 82,8 % des déplacements.
Cette dépendance automobile s’explique par diverses conditions structurelles en Wallonie : infrastructures cyclables moins développées, distances domicile‑travail plus longues, réseau ferroviaire et TEC moins présents, moindre accessibilité aux entreprises par transports publics… Ainsi, seuls 4,4 % des travailleurs wallons utilisent le train et 3,3 % le métro, le tram ou le bus.
Des avancées portées par la concertation sociale
Au fil des années, les employeurs ont multiplié les mesures en faveur d’une mobilité plus durable, souvent sous l’impulsion de la concertation sociale en entreprise.
Aujourd’hui :
- 97 % des travailleurs bénéficient d’une indemnité vélo
- 89 % ont accès à un parking vélo couvert (dont 77 % sécurisé)
- 71 % bénéficient de la gratuité du train
- 59 % de la gratuité des transports en commun
- 29 % des employeurs disposent d’un coordinateur mobilité
Ces avancées illustrent le rôle concret que peut jouer la concertation sociale dans l’amélioration des conditions de déplacement.
Le télétravail s’inscrit dans la durée
Depuis la crise du Covid, le télétravail s’est durablement installé, dans de nombreuses entreprises. En 2024, il est proposé dans 63 % d’entre elles et concerne 37 % des travailleurs et travailleuses. Son impact est significatif : 13 % des déplacements ont été évités, et jusqu’à 28 % pour les trajets vers Bruxelles. Le modèle le plus répandu reste le télétravail un à deux jours par semaine.
Vers une mobilité plus durable
En conclusion, en vingt ans, les déplacements domicile-travail ont évolué vers des modes plus durables. La hausse du coût des carburants et du prix de la voiture y contribue, mais cette transformation est aussi le résultat d’une action collective. « Dans les entreprises, les délégué·es syndicaux jouent un rôle central en soutenant le développement d’alternatives, afin de faciliter les trajets et d’en réduire le coût pour les travailleurs », conclut Julie Rigo.
Pour aller plus loin :
Consulter les résultats complets de l’enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail 2024-2025.
