Bien au travail, bien dans sa peau

Bien au travail, bien dans sa peau

Entre la pression sur les délais, les objectifs et la disponibilité permanente, on prend de plus en plus conscience que le travail ne se résume pas à la seule prestation. Le bien-être au travail n’est pas un luxe, mais une condition indispensable à l’employabilité durable et à la dignité humaine. En effet, une personne qui se sent bien travaille mieux, reste motivée et est moins susceptible de tomber malade. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, le travail rend de plus en plus malade. Et à côté des maladies physiques, le mal-être psychique occupe une place de plus en plus préoccupante.

Pour bien cerner les enjeux, la Centrale Générale – FGTB a mené fin 2025 une enquête auprès des travailleuses et des travailleurs. Les résultats confirment des tendances lourdes : fatigue extrême, pression permanente, manque de reconnaissance et impossibilité de déconnecter. Beaucoup décrivent un travail qui déborde sur la vie privée et met la santé en danger. Enfin, l’insécurité et le stress quotidien (incertitude, pression, harcèlement ou tensions) aggravent encore le mal-être général.

Quelles sont les causes du stress au travail ?

Se sentir mal dans sa peau au travail, que ce soit mentalement ou physiquement, n’est pas une fatalité, mais la conséquence de conditions de travail néfastes pour la santé. Mais qu’est-ce qui pousse les travailleurs et travailleuses à bout ? Notre enquête livre des résultats sans équivoque.

La principale cause de stress au travail réside dans l’augmentation de la charge de travail (40% – voir graphique). Concrètement, il s’agit d’une charge de travail trop importante pour le temps disponible, d’une pression constante de la part de l’organisation, d’horaires irréguliers et de la nécessité de s’adapter en permanence à des changements difficiles à suivre.

Par ailleurs, les relations sociales au travail jouent un rôle important (30%) : le rapport avec la hiérarchie et les collègues, mais aussi les interactions avec les clients, qui peuvent être source de tensions, voire de violence.

Enfin, d’autres facteurs contribuent également à un manque de bien-être mental au travail : un manque d’organisation ou de clarté dans la gestion (13%), une situation de crise (5%), des problèmes de mobilité (4%), la crainte de perdre son emploi
(4%) ou certains aspects des conditions de travail (2%). Ces éléments contribuent également à une dégradation globale du bien-être.

Le thermomètre Solidaris (2025) est lui aussi très clair : la situation n’a fait que s’aggraver ces dernières années. Le nombre de travailleurs exposés à un niveau de stress élevé ou très élevé a augmenté de 11% en 13 ans. Près d’un travailleur belge sur deux est confronté au stress au travail et
les médecins du travail interrogés constatent que le nombre de consultations liées à des troubles liés au travail continue d’augmenter. De plus, ils s’attendent à ce que la situation continue de se détériorer dans les années à venir.

Derrière les chiffres : des réalités humaines

Pourtant, il n’est pas toujours facile de tracer une frontière claire entre ceux qui sont déjà malades et ceux qui ne présentent encore aucun symptôme. Les causes sont multiples et liées à la place qu’occupe le travail dans notre vie et dans notre société. Les témoignages ci-dessous montrent clairement une chose : cela peut arriver à n’importe qui.

« Plus de stress = plus de douleur »

Ces dernières années, on nous demande toujours plus, toujours plus vite. La pression ne cesse d’augmenter, alors que la sécurité de l’emploi diminue. On nous impose des objectifs à atteindre et, malgré les efforts de chacun, la reconnaissance est rare ; on ne nous demande que « plus vite et toujours plus ». Le travail devient donc de plus en plus difficile à gérer.

Cette pression persiste également à la maison. Je n’arrive pas toujours à déconnecter, ce qui fait que je me réveille parfois en sursaut la nuit en me demandant si je n’ai rien oublié. Mes collègues subissent aussi ce stress ; certains s’épuisent émotionnellement ou tombent malades.

Dans mon cas, ce stress constant a notamment entraîné
des douleurs musculaires persistantes. Après des années passées à travailler à la blanchisserie, les symptômes sont apparus progressivement : d’abord les poignets, puis les coudes, et plus tard ma nuque. Après de nombreux examens, on m’a diagnostiqué une fibromyalgie, une affection chronique qui ne disparaît pas. Et plus je suis stressée, plus j’ai mal. En vacances, la douleur est supportable, mais dès que je reprends le travail et que le stress me rattrape, je la ressens à nouveau intensément.

Sandy

« On nous presse comme des citrons »

En tant que travailleur de la construction, je subis une charge mentale énorme. On m’envoie régulièrement à plus de 100 km de chez moi, alors qu’il y a des chantiers à 15 ou 20 minutes. La pression venue d’en haut est constante et retombe entièrement sur nous, ce qui augmente le risque d’accidents.

J’espère tenir jusqu’à la pension, mais beaucoup de collègues sont complètement épuisés à la fin de leur carrière et se retrouvent en arrêt pour cause de force majeure médicale… sans aucune indemnité. Après une carrière qui les a complètement usés, je trouve que c’est un manque de respect de se débarrasser d’eux comme ça. Ils ont travaillé toute leur vie dans ce secteur. C’est indigne.

Le travail ne devrait pas seulement servir à joindre les deux bouts, mais aussi à vivre dignement.

Renaud

« Pas le temps pour dîner »

Je travaille depuis plus de 10 ans dans le secteur des titres-services. J’ai l’impression de devoir courir sans arrêt, de vivre à cent à l’heure. Parfois, je n’ai même pas le temps de dîner entre deux clients, surtout quand ils habitent loin l’un de l’autre.

Même en vacances, je continue à maintenir ce rythme. Je veux tout finir rapidement, jusqu’à ce que je réalise que je ne suis en fait pas en train de travailler. Pourtant, c’est difficile de lâcher prise.

Le tournant s’est produit lorsque le stress m’a rendue malade. Cet arrêt m’a fait comprendre que j’imposais ce même rythme à mes enfants à la maison… et que cela ne pouvait pas continuer ainsi. Aujourd’hui, j’essaie de ralentir plus consciemment, même si ce n’est pas toujours facile.

Raquel

« Être malade, c’est une double peine dans ce secteur »

J’ai travaillé pendant trois ans comme dispatcheur dans une entreprise de livraison de béton. C’était un travail très complexe et exigeant, avec à peine un moment pour moi, des journées de travail de plus de 16 heures et une pression constante. Parfois, je me réveillais au milieu de la nuit en me demandant si je n’avais rien oublié. La moindre erreur pouvait paralyser tout le processus. Le bon fonctionnement de toute l’entreprise dépendait de moi.

Et puis, on m’a diagnostiqué un diabète. Le médecin a été clair : la maladie est liée au surmenage. Je n’avais pas d’autres facteurs de risque.

J’ai repris le travail à temps partiel, car mon traitement ne me permettait pas de le faire à temps plein. Dans ce secteur, ce n’est pas évident : être malade, c’est une double peine ; d’abord la maladie ellemême, puis la façon dont les autres vous regardent. Ils ont l’impression que vous profitez de la situation ou que vous n’êtes plus capable de bien faire votre travail. Aujourd’hui, j’ai fait mes preuves : on me reconnaît pour mon travail.

Christophe

S’attaquer aux causes, pas aux victimes

Mais le travail peut aussi rendre malade durablement… Selon Solidaris, 60% des travailleurs et travailleuses estiment que sans travail, on n’existe pas dans la société actuelle. Chez les personnes malades, au chômage ou travaillant en intérim, ce chiffre atteint 70%.

Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler l’ampleur du phénomène des malades de longue durée, notamment liés à des troubles psychiques. Aujourd’hui, près de 200.000 personnes sont en incapacité de travail depuis plus d’un an. Et les récentes mesures du gouvernement Arizona risquent d’aggraver cette situation plutôt que de la résoudre.

Bien-être ou ne plus être

C’est une évolution préoccupante. C’est la raison pour laquelle la Centrale Générale – FGTB tire la sonnette d’alarme : à l’avenir, soit le bien-être sera préservé, soit il aura tout simplement disparu ! En d’autres termes, il est important de s’attaquer aux causes et non aux victimes. Nous exigeons de véritables mesures pour :

  • Mettre fin à la stigmatisation des travailleurs et travailleuses malades. La stigmatisation détourne l’attention des véritables causes : les conditions de travail. Cela renforce le sentiment de culpabilité chez les travailleurs concernés et éloigne encore davantage la perspective d’un retour au travail dans des conditions saines.
  • Renforcer le contrôle du bien-être au travail et mettre en place une véritable politique de prévention. C’est la seule façon de lutter durablement contre l’augmentation des maladies liées au travail.
  • Reconnaître les affections liées au travail comme des maladies professionnelles à part entière. Pour ce faire, FEDRIS doit mettre en place une reconnaissance officielle, à l’instar de ce qui se fait en France, par exemple.

Parce que travailler ne devrait jamais rendre malade, il est urgent d’agir sur les causes du mal-être au travail.

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