L’extrême droite n’est jamais du côté du monde du travail

L’extrême droite n’est jamais du côté du monde du travail

Nous évoquions dans un article précédent l’initiative du syndicat CGIL de lancer un réseau international de lutte contre le fascisme, soutenu notamment par la FGTB. Une nécessité. Car l’extrême droite, dans toutes ses formes et sous toutes ses appellations, sera toujours l’ennemie des mouvements progressistes.

L’ennemie du droit des femmes et des minorités. Des libertés d’expression, d’association. De l’égalité, et du mieux-être pour toutes et tous. Mais au delà des théories sexistes, xénophobes, liberticides, n’oublions pas que l’extrême droite est aussi l’ennemie du monde du travail. Car comme son nom l’indique, elle est… à droite sur l’échiquier politique. La droite de la droite. Et elle n’est donc pas, par essence, du côté des travailleurs et travailleuses, et de leurs intérêts. Il est important de le rappeler, car les tentatives de séduction ne manquent pas. Le discours de ces partis, en Belgique et ailleurs, se veut régulièrement “social”. Dans les faits et dans les assemblées, pourtant, les faits prouvent que le discours n’est qu’un appât. L’extrême droite est conservatrice, capitaliste, opportuniste.

Des exemples, près de chez nous? Le Vlaams Belang votait récemment contre la taxation des surprofits au niveau européen, comme l’ensemble des partis de droite. Lors de l’audition des syndicats à la Chambre en juin dernier, les mêmes s’opposaient clairement à la révision de la loi de 96 et d’une libre négociation des augmentations salariales. Un petit dernier? En septembre dernier, l’extrême droite flamande s’opposait à une augmentation du salaire minimum au niveau européen.

89 députés en France, aucun vote en faveur des salariés

Pascal Debay, de la CGT (France) est en charge du collectif confédéral de lutte contre les idées d’extrême droite dans son organisation. Il a pris la parole sur ce sujet lors de l’événement de la CGIL, et a rappelé à quel point l’extrême droite est éloignée des préoccupations du monde du travail. “Nous sommes tous des travailleurs, peu importe la couleur de peau, la religion, l’origine. Mais il y a une autre question qui se pose, c’est la question sociale. On le voit en France. Nous avons 89 députés d’extrême droite. Ils ne votent rien en faveur des salariés. Ils n’ont pas voté la hausse du salaire minimum, ils n’ont rien voté pour les travailleurs les plus précaires.”

Autre cible, les femmes. Pascal Debay poursuit : “J’insiste là-dessus. En France, et ailleurs, les femmes malheureusement votent dorénavant autant que les hommes pour l’extrême droite. La question des droits des femmes, la question de défendre le droit à l’avortement là où il existe, de le gagner là où il n’existe pas, est fondamentale pour nos organisations syndicales.” Entre théories natalistes, visions conservatrices et récits douteux (comme “Les femmes sont responsables de l’écart salarial”, selon Eric Zemmour), l’extrême droite n’appuie en rien l’émancipation des femmes et l’amélioration de leurs conditions de vie.

La crise économique, source du succès des discours de haine

Les crises successives, causées par le système ultracapitaliste, ont amené une rupture sociale profonde. En ressort le doute, voire la défiance envers les politiques traditionnelles. Ce doute est alimenté par des médias (sociaux, notamment) qui diffusent des contre-vérités tentantes. L’extrême droite s’est engouffrée dans cet espace de défiance, et occupe ce terrain, s’annonçant comme une alternative, voire même une force de résistance face au “système en place”. Mensonge évidemment, quand l’on sait que ces partis s’allient volontiers à la droite classique et conservatrice, en l’absence de cordon sanitaire… Luca Visentini, secrétaire général de la CES, évoque le rôle que les syndicats, et l’ensemble de la gauche, ont à jouer ici. “Le crise sociale, aggravée par les guerres partout dans le monde, ouvre un espace que la gauche n’occupe plus forcément. Il faut s’attaquer à la racine de la croissance des droites, qui est la crise économique et sociale. Nous n’aurons pas de succès contre l’extrême droite si l’on ne change pas ces politiques économiques et sociales. Il faut parvenir à mettre fin à l’austérité, et continuer se battre contre l’avidité horrible des multinationales, sinon on n’en sortira pas. Car si la démocratie n’est pas sociale, elle n’existe pas.”

Si la démocratie n’est pas sociale, elle n’existe pas.”

Luca Visentini, secrétaire général de la CES

Lors du colloque de la CGIL, l’ensemble de syndicats présents – y compris d’autres organisations italiennes – a apporté son soutien à la création d’un réseau international antifasciste. Car comme le signalait Pierpaolo Bombardieri, de l’UIL : « Sur des thèmes comme l’antifascisme, nous ne serons jamais divisés. »

© photo : Collectif Krasnyi

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine à FGTB

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