Entre inquiétudes et petits boulots : témoignages de pensionnés

Entre inquiétudes et petits boulots : témoignages de pensionnés

Nous écrivions récemment sur la réforme des pensions, et publiions un “question-réponse” sur le sujet. Qu’en est-il sur le terrain? Plusieurs pensionnés nous ont fait part de leur ressenti – et leurs inquiétudes – par rapport à la réforme, et plus généralement face à l’avenir.

Freddy Visconti était délégué chez APERAM. Pour lui, l’absence de reconnaissance des métiers pénibles est scandaleuse. « Dans la sidérurgie, les métiers pénibles sont légion. Des métiers où l’on peut carrément souffrir au travail. La chaleur qui vous épuise, la poussière, le bruit, le froid en hiver, les courants d’air, le stress. Il y a des accidents, parfois mortels. S’ajoute à cela le travail en équipes tournantes… Après une carrière, la santé est compromise. Beaucoup d’anciens collègues ont de graves problèmes de dos, de coeur, etc. De nombreux anciens décèdent avant l’heure… usés par le travail. »

Beaucoup de malades après 58 ans

Raymond Boucher, retraité de 68 ans est un ancien délégué et membre de la Commission Pensionné et Prépensionné de la MWB. Il évoque lui aussi la pénibilité des métiers du métal, et la difficulté de travailler “jusqu’au bout”. La réforme des pensions, en effet, ne prend pas en compte la réalité des métiers lourds et la pénibilité, contrairement à ce qui était initialement prévu. “La réforme actuelle des pensions ne va pas dans le bon sens. Elle ne va pas diminuer les inégalités, que du contraire. Quand j’étais au travail, déjà beaucoup d’ouvriers de nos secteurs n’arrivaient pas à 58 ans, et terminaient en maladie de longue durée. Comme les prépensions sont actuellement portées à 62 ans, plus de travailleurs se retrouveront dans le même cas. Les prépensions à 58 ans étaient nécessaires dans nos métiers, car beaucoup d’ouvriers travaillaient sur chantier, par tous les temps, et toutes les températures.”

On sait que l’espérance de vie en bonne santé est en moyenne de 65 ans. Donc travailler au-delà, c’est déjà très difficile pour beaucoup de travailleurs et de travailleuses. L’augmentation du nombre de malades de longue durée âgés de 55 ans et plus en atteste.

Selena Carbonero, secrétaire fédérale FGTB

Raymond poursuit: les travailleuses, et plus largement toutes les personnes qui n’ont pas de carrières complètes, vont payer cher la réforme. “Tout est basé sur la carrière complète. Je pense plus particulièrement à nos camarades femmes qui ont rarement des carrières complètes. »

Des pellets plutôt que des vacances

Brigitte est une ancienne travailleuse du non-marchand. Elle estime faire partie de “ceux qui ont de la chance”, étant mariée et propriétaire de sa maison. “Comparé à la situation de certains de nos amis, nous n’avons pas à nous plaindre. On peut se permettre de faire des petits restos de temps en temps mais on sait qu’on ne peut pas exagérer. La vie est devenue tellement chère. Avec le Covid, cela fait plus de deux ans que nous reportons un projet qui nous tenait à cœur : celui de faire un petit voyage pour nos 40 ans de mariage. Mais face à l’explosion des prix de l’énergie, nous avons décidé d’investir plutôt dans l’achat d’un poêle à pellet afin de faire des économies. Notre facture de chauffage a explosé l’an dernier… Avec tout ce que l’on entend, nous pressentons que la situation ne va faire que s’aggraver cet hiver.”

Des pensionnés qui font des petits boulots

“Souvent, je pense à ces pensionnés qui vivent seuls et qui doivent assumer seuls le paiement de leurs factures”, poursuit Brigitte. “À ceux qui louent une habitation. Ou qui se retrouvent confrontés à des problèmes de santé ou à des imprévus. À ceux qui doivent choisir entre le fait de se chauffer ou de manger correctement. Une ancienne collègue a pris sa pension peu de temps après moi. Elle a dû se remettre à travailler très rapidement car elle ne s’en sortait pas. Depuis lors, 5 jours par semaine elle fait du nettoyage ou de petits travaux à gauche et à droite. Elle dit souvent qu’elle espère qu’elle ne vivra pas vieille car elle sait qu’un jour, elle ne pourra physiquement plus faire ce qu’elle fait et elle sait qu’alors, sa vie va basculer dans la précarité.”

“Bosser pour garder ma voiture”

Dominique est pensionnée depuis l’an dernier. Elle a connu une carrière morcelée, incomplète, entre autres dans la grande distribution et le commerce. Son mari est invalide. Dominique elle-même a vécu plusieurs opérations pénibles ces dernières années. Aujourd’hui, à 62 ans, elle continue pourtant à travailler quelques jours par semaine. . “J’ai besoin de continuer, pour pouvoir conserver ma voiture, notamment. Ma voiture est une nécessité, je vis à la campagne, mes enfants et petits-enfants vivent plus loin, je me rends plusieurs fois par semaine à l’hôpital, je ne peux pas m’en passer. Nous tenons notre budget: je compare quand je fais les courses, je connais très bien les prix dans les différents magasins, et depuis cette année nous nous chauffons au bois, pour économiser sur le mazout.”

Alors que l’on apprenait récemment que la réforme des pensions allait devoir être “ajustée” en raison d’un surcoût budgétaire, l’on continue de constater – et ces témoignages en attestent – un décalage entre les mesures envisagées et la réalité du monde du travail.

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine à FGTB

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