Energie : « Contribution » n’est pas un gros mot

Energie : « Contribution » n’est pas un gros mot

Ce mercredi 21.09, la colère était dans la rue (voir le reportage photo). Pour le pouvoir d’achat, pour des factures d’énergie abordables. Les citoyens attendent une véritable politique structurelle, efficace. La clé? Une fiscalité qui met à profit le capital et les grosses fortunes.

Vendredi dernier, l’on découvrait les nouvelles mesures – très temporaires – de soutien aux ménage qui étaient  décidées au kern. En bref : 61€ de réduction par ménage sur la facture d’électricité, 135€ sur le gaz. Et ce, pendant deux mois seulement, en novembre et décembre. Une TVA à 6%, prolongée jusqu’au printemps prochain, mais pas de manière permanente. Rien sur le blocage des prix, rien sur d’éventuelles nouvelles recettes fiscales. En attendant, l’hiver est à nos portes.

Une mesure trop faible, et trop limitée dans le temps

Le premier élément qui saute aux yeux, c’est la très courte durée de la mesure. Une réduction de 200€, en novembre et décembre 2022. Et après ? Quid du gros de l’hiver ? Un plaid et un gros pull? A l’heure où de nombreuses familles ont vu leur acompte énergétique mensuel doubler voire tripler, l’aide accordée semble non seulement dérisoire, mais aussi beaucoup trop limitée dans le temps. De même, on ne peut que regretter que le tarif social ne soit pas étendu à plus de ménages en Belgique.

La clé: la justice fiscale

« Dans ce dossier de l’énergie, on prend le problème à l’envers », souligne Thierry Bodson, président de la FGTB. « Tant que l’on ne décidera pas de véritables moyens de générer des recettes fiscales, on sera coincés au niveau budgétaire, et on ne pourra décider que de petites mesures comme celles-là ». Et de rappeler que c’est en taxant les surprofits des entreprises, notamment énergétiques, que l’on pourra dégager des moyens suffisants pour mettre en œuvre un plan de soutien efficace et pérenne. « A chaque fois que le monde a connu de grandes crises, la relance a été basée sur d’importantes réformes fiscales, avec une taxation plus élevée sur les hauts revenus. Il faut avoir le courage politique de le faire aujourd’hui aussi« 


« Pour renforcer le rapport capital/travail, il ne faut plus avoir peur du mot FISCALITÉ. Parce que c’est le principal outil de répartition des richesses. CONTRIBUTION n’est pas un gros mot. »

— Thierry Bodson

Plus de salaire, et une indexation maintenue

« Quand je vais au supermarché, je vois bien que mon caddy coûte beaucoup plus cher qu’avant. Je vois bien que tant moi que d’autres comparons beaucoup plus les prix qu’avant aussi. »

Johan, délégué

Des témoignages comme celui-là, nous en recevons tous les jours. On compare, on économise, on se serre la ceinture, avec l’objectif d’arriver à la fin du mois. Car si l’énergie est au cœur des inquiétudes, les prix des produits alimentaires aussi ont augmenté. Il faut donc plus que des mesures ayant un impact direct sur la facture énergétique. Le pouvoir d’achat doit être sauvegardé. Pour cela, il faut des augmentations salariales significatives, et ce sans toucher à l’indexation automatique. Notons que le système « à la belge », s’il est contesté chez nous par le monde patronal, donne des idées au-delà des frontières.

Mi-septembre, Thierry Bodson participait à un débat sur la question des salaires, dans le cadre du festival Manifiesta. Il rencontrait à cette occasion plusieurs délégués et représentants syndicaux internationaux, dont Petra Bolster-Damen, secrétaire internationale du plus grand syndicat des Pays-Bas, la FNV. Autour de la table, on a largement discuté d’indexation automatique et de la nécessité de salaires plus élevés.

Le plus grand syndicat des Pays-Bas revendique une indexation « à la belge »

Voici quelques jours en effet, la FNV revendiquait que les salaires néerlandais augmentent automatiquement en fonction de l’inflation, « à l’instar de ce qui existe en Belgique ». La FNV a mis cette revendication sur la table lundi 19 septembre, sous la forme d’une compensation automatique des prix qui figurerait dans toutes les conventions collectives de travail. « Un système d’augmentation automatique des salaires avec l’inflation était en vigueur aux Pays-Bas jusque dans les années 80 », rappelle un porte-parole du syndicat. « Maintenant, elle n’existe plus que dans les ports et dans certaines conventions collectives – une sur 10 – et entreprises ». La FNV ne s’attend pas à ce que la mesure nuise à la compétitivité des entreprises néerlandaises « dont les bénéfices sont élevés ».

L’énergie ne doit pas servir de prétexte

A côté d’une indexation automatique des salaires, le plus important syndicat néerlandais réclame également des hausses de salaires, qui pourraient atteindre 12%. « Ce qui permettrait seulement de rétablir le pouvoir d’achat et non de l’améliorer », souligne-t-on.

Pour le président de la FGTB, l’important aujourd’hui est que cette question de la revalorisation salariale ne soit pas sacrifiée par le patronat, sur l’autel de la crise énergétique. « L’une des difficultés est de ne pas voir reculer la lutte pour de meilleurs salaires. Il faut continuer à œuvrer pour inverser le rapport capital travail, déséquilibré depuis des années. On voit que les employeurs profitent de la crise de l’énergie pour refuser d’enclencher les négociations en vue d’améliorer les conditions salariales. Les patrons refuseront de débattre de l’enveloppe bien-être, qui sert à augmenter les allocations sociales. L’énergie est un prétexte supplémentaire pour ne pas en parler.« 

Pourtant, faut-il le rappeler ? « Juste après la crise sanitaire, les entreprises ont engendré des bénéfices immenses. Beaucoup d’entre elles ont des réserves pour tenir le coup. Il faut arrêter de mettre en concurrence les pays – et les travailleurs – sur la base des salaires. Le vrai problème, c’est le distribution des dividendes, qui représentent 1/3 des bénéfices engendrés aujourd’hui. »

Une politique structurelle

L’hiver est à nos portes, tout comme ses factures impayables. Plutôt que des demi-mesures, c’est une véritable politique structurelle qui doit être mise sur pied. La justice fiscale en est la clé. Lire ici le compte-rendu en images et témoignages de l’action du 21 septembre.


« Transformons la peur, la colère, en force collective. Si le monde du travail n’est pas entendu sur la baisse des factures d’énergie, l’augmentation des salaires, l’augmentation des allocations sociales, nous FERONS GRÈVE, le 9 novembre. »

— Thierry Bodson

Photo de tête: Kransyi Collective


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