“Se faire virer juste avant les fêtes, ça fait mal”

“Se faire virer juste avant les fêtes, ça fait mal”

Osman Disli publiait ces mots sur Facebook le matin du 23 décembre. “Se faire virer juste avant les fêtes, ça fait mal.” Quelques heures auparavant, il était licencié par le géant ArcelorMittal. Aujourd’hui à Gand, en solidarité, des dizaines de militants en rouge, venus de toutes les régions du pays, se pressaient devant les portes de l’entreprise sidérurgique.

Osman Disli a fait ses premiers pas chez ArcelorMittal en janvier 2009. Près de 14 ans plus tard, l’entreprise indique laconiquement que “toute coopération ultérieure” avec lui est impossible, et se dit prête à payer la totalité de l’indemnité légale de protection spéciale d’un délégué. Osman estime quant à lui subir une revanche de son employeur, suite à son rôle actif dans un important mouvement de grève, l’an dernier. Il poursuit : “ArcelorMittal n’a manifestement pas oublié la grève de l’année dernière pour une véritable augmentation des salaires. Je n’accepte pas mon licenciement. C’est une attaque contre le syndicat et contre tous les travailleurs.”

Des travailleurs de tout le pays en solidarité

Très rapidement, la solidarité se met en oeuvre, et un appel à l’action est lancé. Ce mardi à 8h, des dizaines de travailleurs de différents secteurs, militants, sympathisants en rouge – flamands, wallons ou bruxellois – s’amassaient devant les portes d’ArcelorMittal. Tous autour d’un Osman – “Ozzy” – très ému.

Il s’adressait à ses collègues, venus en nombre. “Merci d’être venus, parce que sans vous, je ne suis rien. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour vous. ArcelorMittal n’a rien contre moi. Il s’agit purement et simplement d’un règlement de compte syndical. Des mensonges vont circuler maintenant. Tout est faux. L’année passée, j’ai démarré l’action de grève, pendant la période de pandémie. Période durant laquelle nous avons dû travailler dans des circonstances très difficiles. Je voulais une part du gâteau, pour nous. On a mené des actions pendant des jours. Et on a réussi à obtenir quelque chose, pendant qu’ils faisaient des profits énormes. Ils savaient que j’allais entamer de nouvelles actions, ils m’ont puni pour ça.”


Je n’ai pas été autorisé à vider mon casier. C’est du jamais-vu. Je n’ai pas eu accès à mon dossier. Tout ça juste avant les fêtes. Moi aussi j’ai une famille.

— Osman

Le licenciement est brutal, sec. “Je n’ai pas été autorisé à vider mon casier. C’est du jamais-vu. Je n’ai pas eu accès à mon dossier. Tout ça juste avant les fêtes. Moi aussi j’ai une famille. J’ai été très déprimé, mais j’ai ensuite vu votre soutien, vos messages. Et ça m’a remis debout. C’est grâce à cela que je suis capable d’être ici aujourd’hui. Ils ont pensé que j’allais accepter leur proposition financière. Mais je ne suis pas à vendre.”

Mauvais signal

“Quiconque touche à l’un de nos délégués touche au cœur du syndicat”, confirmait Jo De Mey, Secrétaire provincial FGTB-Métal pour la Flandre orientale. “Que ce soit clair: tout délégué, quelle que soit d’ailleurs sa couleur syndicale, qui est écarté pendant l’exercice de son mandat, recevra notre soutien. Aujourd’hui, nous sommes tous Osman. Le fait qu’une multinationale comme ArcelorMittal puisse licencier un délégué alimente la peur et l’impression chez nos membres que tous les travailleurs protégés sont en danger. Si c’est le signal que l’entreprise veut donner, elle nous trouvera sur le chemin.”

“Nous exigeons sa réintégration”

Il poursuit : “Le fait qu’il ne s’agisse pas ici d’un licenciement pour des raisons de force majeure, pour des raisons techniques ou économiques indique bien que l’on fait face à un licenciement irrégulier. Nous exigeons formellement la réintégration de ce travailleur.”

Un suivi et des actions seront mises en oeuvre dès la première semaine de janvier.

Aurélie Vandecasteele
Rédactrice en chef, Syndicats Magazine, FGTB

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