Femmes et syndicalisme : un portrait d’Emilienne Brunfaut

Femmes et syndicalisme : un portrait d’Emilienne Brunfaut

En la journée si symbolique du 8 mars, la FGTB Wallonie picarde inaugurait une salle au nom d’Emilienne Brunfaut. Un geste posé en hommage à une femme syndicaliste, militante pacifiste et féministe. Portrait.

Emilienne Brunfaut, née Emilienne Steux, a vu le jour à Dottignies, le 11 mai 1908. Dans une région ouvrière et textile par excellence, nichée entre la Wallonie, la Flandre, et la France. Son père, Emile Steux, l’élève, après le décès prématuré de son épouse. La politique, à la maison, c’est important. Emile Steux est le fondateur de la section dottignienne du Patri Ouvrier Belge (POB). Militant, engagé politiquement à différents niveaux, Émile Steux était également administrateur-délégué d’une coopérative et éditeur du journal local socialiste « La petite feuille ouvrière ».

Syndicalisme et féminisme

Emilienne Steux a donc de qui tenir. Dès la fin des années 20, elle adhère au POB, au Comité national des Femmes socialistes, et au Syndicat du Textile dans son village natal. Ouvrière dans une filature du Nord de la France, elle découvre « le terrain ». Elle suit ensuite les cours de l’Ecole ouvrière supérieure à Bruxelles. Son combat, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes. Ses armes : les mouvements syndicalistes et féministes, indissociables. Femmes, et travailleuses. Elle participe aux grèves de 32, de 36. La même année, elle prend la tête de la toute jeune Commission du Travail féminin.

Féminisme et pacifisme

Dans les années 30, elle travaille notamment à alerter l’opinion sur les dangers du fascisme. Elle est membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme (CMF). La guerre, toutefois, freine temporairement Emilienne – devenue Brunfaut – pendant quelques années. Recherchée par les nazis, elle se réfugie en France, dans le Tarn, avec ses enfants. Mais dès la Libération, elle milite à nouveau au cœur de la Commission du Travail des femmes, cette fois au sein de la toute neuve « Fédération Générale du Travail de Belgique « (FGTB) en 1946. Le message pacifiste reste au cœur de son discours, notamment au sein du Rassemblement des femmes pour la paix.

Emilienne Brunfaut lors d’une manif contre les bombardements en Espagne (1938) – Archives FGTB

Dans les années 70, Emilienne Brunfaut poursuit et rejoint les nouvelles luttes féministes, toujours en représentant la cause ouvrière. Il y a exactement 50 ans, en 1972, elle prenait la parole sur ce sujet précis, à la première « journée de la femme » en Belgique. En 1975, elle co-préside les activités belges dans le cadre de l’Année internationale des femmes de l’ONU.

Emilienne Brunfaut décède le 12 décembre 1986. En mars 1990, un timbre-poste est émis à son effigie à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

« Continuez à utiliser vos voix pour l’égalité »

Sa petite-fille, Laure Brunfaut-Bouvy, témoignait « virtuellement » lors de l’inauguration de la salle Emilienne Brunfaut, dans les bâtiments tournaisiens de la FGTB Wallonie picarde. « Ma grand-mère ne m’a pas appris le tricot, la façon de faire des confitures ou des gâteaux ; elle m’a par contre appris  que des hommes et surtout beaucoup de femmes s’étaient battus pour que les femmes de demain ne subissent plus d’inégalités. Pour le droit de vote, le droit à ouvrir seule un compte bancaire, le droit à l’enseignement  – et au même enseignement que les garçons – ou le droit d’être simplement écoutées et d’avoir les mêmes rêves que les hommes. »

« Je suis convaincue que si ma grand-mère était parmi nous, elle vous aurait dit qu’encore aujourd’hui il ne faut pas baisser les bras, ne pas fermer les yeux, continuer à donner de l’importance à l’éducation. Elle vous aurait dit de continuer à utiliser vos plumes et vos voix pour l’égalité homme-femme.« 

Laure Brunfaut-Bouvy

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