L’usure en horaires décalés

L’usure en horaires décalés

Nuit après nuit, shift après shift, la corde se tend. Derrière les usines qui tournent 24h/24 et 7j/7, des milliers de travailleuses et de travailleurs assurent la production au prix de nuits écourtées, de week-ends sacrifiés et d’une usure qui s’accumule. À l’occasion de la campagne 24/7 du 24 juillet, la Centrale Générale – FGTB donne la parole aux travailleurs en équipes et de nuit de la chimie. Deux histoires, une même certitude : la pénibilité ne disparaît pas parce qu’on décide de ne plus la reconnaître.


« Face au démantèlement social, nous créons nos propres alternatives. »

— Jan, délégué principal ouvriers chez BASF-EuroChem Anvers

« Chez BASF et EuroChem, environ 1 700 personnes travaillent en équipes. C’est un rythme lourd qui perturbe le sommeil et détruit la santé. La prise en compte de la pénibilité pour la pension est donc essentielle.

Le régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC – l’ancienne prépension) offrait une porte de sortie indispensable. Mais le système a été démantelé par les gouvernements successifs avant sa suppression totale. Alors, nous avons ouvert le débat directement au sein de BASF face au blocage du secteur. Nous avons exigé que les moyens autrefois consacrés au RCC soient réaffectés à une solution alternative locale.

Résultat ? Un système maison qui reconnaît la pénibilité. Désormais, les collègues comptant 20 années de nuit ou un fort ancrage en équipes peuvent cesser le travail jusqu’à trois ans avant leur pension anticipée, sans condition d’âge. Le travailleur reste lié contractuellement à BASF, conserve ses avantages (hospitalisation) et perçoit un revenu net d’environ 2 300 euros par mois, équivalent à la pension légale. Surtout, cela libère nos aînés de l’obligation de disponibilité sur le marché de l’emploi et des convocations du VDAB, et leur enlève un stress immense.

Ce dispositif court jusqu’en 2029, et nous voulons le prolonger. En parallèle, nous continuerons à nous battre pour le rétablissement du RCC pour tous les métiers pénibles. »



« On mettait notre vie privée de côté parce qu’on nous promettait une sortie. »

— Hassan, opérateur de salle de contrôle et délégué syndical chez Prayon

« J’ai 58 ans et déjà 40 années de carrière derrière moi, dont plus de 35 ans en équipes et en feux continus. Le travail de nuit crée des liens incroyables entre collègues. Mais il se paie cher.

Des anniversaires, des réveillons de Noël ou de Nouvel An, j’en ai raté des dizaines. On acceptait ces sacrifices parce qu’on nous disait qu’un jour ils seraient reconnus. On mettait notre vie privée de côté parce qu’on nous promettait une sortie. Et aujourd’hui ? On a juste l’impression qu’on s’est fait avoir…

Mon métier est exigeant. On travaille avec des installations complexes, des produits dangereux, des températures extrêmes. On n’a pas droit à l’erreur. Les horaires bouleversent complètement l’horloge biologique. Pour moi qui suis diabétique, trouver un équilibre a toujours été un combat.

Aujourd’hui, avec les mesures de l’Arizona, on me demande de tenir jusqu’à 61 ans. Honnêtement, je me demande comment je vais y arriver.

Le plus révoltant, c’est qu’on nous demande de faire les mêmes shifts à 58 ans qu’à 21 ans. De quel droit ont-ils balayé d’un revers de main la notion de métier pénible ? Notre corps, lui, n’a pas changé.

Pourtant, je refuse de baisser les bras. Mon fils de 23 ans m’a rejoint dans l’entreprise. Je pense à lui, à mes collègues. Grâce à l’action syndicale, nous avons obtenu trois heures de repos supplémentaires par cycle de feux continus. C’est une preuve qu’en restant unis, on peut encore faire bouger les lignes. »

Le corps ne ment pas

Le travail en équipes et de nuit est indispensable au fonctionnement de notre industrie. Mais à quel prix ? Une certitude demeure : l’usure, elle, ne s’efface pas.

Retrouvez la campagne 24/7 de la Centrale Générale – FGTB consacrée au travail en équipes et de nuit pour découvrir les droits et les solutions défendus par la FGTB Chimie.

Centrale Générale
Plus de publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Lire aussi x