Le départ de la manifestation n’avait pas lieu, cette fois, à l’endroit habituel. Le cortège s’est élancé depuis le Botanique, quelques centaines de mètres plus loin que d’ordinaire. Un choix logistique assumé : il fallait de l’espace pour accueillir l’immense flux de manifestants et manifestantes arrivant de la Gare du Nord. Les organisateurs s’attendaient à une mobilisation exceptionnelle. Ils ne se sont pas trompés.
Car ce 12 mars, 100 000 personnes ont envahi les rues de Bruxelles, répondant à l’appel des syndicats et de nombreuses organisations de la société civile. 100 000 voix qui portent, pour que les lignes bougent. Dans le cortège, toutes les couleurs de la société. Travailleurs et travailleuses de tous les secteurs, jeunes et moins jeunes, étudiants, pensionnés… Une foule diverse, aussi diverses que les cibles des réformes menées par le gouvernement Arizona.





La mobilisation du jour est belle, ensoleillée, musicale. Pourtant, elle s’inscrit dans un climat politique tendu. Le gouvernement n’épargne personne – ou presque – et ne s’en cache pas. Le ministre des Pensions s’adressait aux femmes au lendemain-même de la manifestation du 8 mars. Selon lui, ce serait à elles de « s’adapter » à la réforme des pensions, particulièrement injuste, et pas l’inverse. Un discours inaudible pour toutes celles qui luttent, bossent, cumulent au quotidien.
Tout le monde est concerné
Ces déclarations honteuses ne sont pas rares. Jour après jour, semaine après semaine, les attaques gouvernementales fusent: envers les travailleurs et travailleuses, le monde militant, la culture, la presse, l’enseignement, les pensionnés, les plus précaires. Au départ de cette manifestation, le président de la FGTB, Bert Engelaar, dénonçait: « Une société montre son vrai visage dans la manière dont elle traite les plus vulnérables, ceux qui frappent à la porte, ceux qui cherchent protection, ceux qui donnent le meilleur d’eux-mêmes chaque jour mais ont peu de pouvoir ».
« Toucher à l’indexation, c’est toucher à la vie quotidienne »
Salaires, indexation, pensions, services publics étaient de tous les slogans, de toutes les banderoles, de tous les chants. Dans un contexte de hausse persistante des prix, le pouvoir d’achat est évidemment au cœur des préoccupations. Beaucoup ont rappelé leur attachement à l’indexation automatique. « Toucher à l’indexation, c’est toucher à la dignité. C’est toucher à la vie quotidienne. C’est toucher au pouvoir de vivre« , poursuivait Bert Engelaar.

« Toucher à l’indexation, c’est toucher à la dignité. C’est toucher à la vie quotidienne. C’est toucher au pouvoir de vivre. »
— Bert Engelaar, Président de la FGTB
Dans la foules, on pouvait voir de nombreux pensionnés, ou travailleurs et travailleuses en fin de carrière, inquiets pour leur avenir. Le sentiment d’injustice est flagrant. « Travailler jusqu’à 67 ans, pour certains secteurs, c’est impossible », indiquait Luigi, président des Pensionnés et Prépensionnés de la CG Charleroi. « Je pense par exemple au bâtiment, mais il y en a d’autres ! Et aujourd’hui, en plus, il n’y a plus de porte de sortie. Celui ou celle qui devra s’arrêter de travailler plus tôt subira en plus un malus ! » Romuald, syndicaliste limbourgeois, abonde dans le même sens : « Le malus sur les pensions est inacceptable. D’autant plus que ce sont surtout les femmes qui en seront les principales victimes. On ne tient pas compte du fait qu’elles travaillent souvent à temps partiel pour assumer les responsabilités familiales. »
« Une pension digne n’est pas un cadeau. C’est un droit. C’est le respect d’une vie de travail », a affirmé Bert Engelaar. « Réduire les droits à la pension, c’est frapper des gens qui ont déjà tout donné. C’est leur dire: ce n’est pas encore assez. Nous refusons qu’après une vie de labeur, il faille encore se justifier. »



Évoquant les services publics, il poursuit: « On nous parle d’économies, d’efficacité, de modernisation. Sur le terrain, cela veut dire autre chose :moins de personnel. Moins de moyens. Plus de pression. Plus de fatigue. Plus d’attente. Plus d’épuisement. »
Pacifique et déterminé
Au fil des heures, le long cortège s’est étiré dans les rues de la capitale. Délégations d’entreprises, collectifs citoyens et organisations de terrain se sont succédé dans une atmosphère pacifique, mais déterminée.
La mobilisation du 12 mars succède sans rougir à l’une des plus importantes mobilisation de ces dernières années à Bruxelles, en octobre dernier. La manif avance, est debout, et ne faiblit pas. La démonstration de force est indéniable.
Avec 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, le message envoyé au gouvernement est clair : le monde du travail refuse les reculs sociaux et exige des politiques plus justes. La balle est désormais dans le camp aride de l’Arizona. Il lui appartient d’entendre cette colère, ou de nier l’évidence. Mais une chose est certaine : face à une droite politique de plus en plus agressive, la mobilisation ne faiblira pas. Des lignes ont déjà bougé, mais pas assez. La lutte continue. Et comme l’indiquait une banderole: « Face à un gouvernement qui divise, nous rassemblons. »





