Construire un contre-pouvoir syndical international fort, libre et indépendant

Construire un contre-pouvoir syndical international fort, libre et indépendant

Fondé en 1994, l’IFSI est l’organisation de solidarité syndicale internationale de la FGTB. Sa conviction de départ est simple : les droits des travailleurs et travailleuses ne s’arrêtent pas aux frontières. Dans un monde où les économies, les entreprises et les chaînes de production sont de plus en plus mondialisées, la défense du travail décent et de la justice sociale doit elle aussi s’organiser à l’échelle internationale. Nous avons interviewé Laurent Atsou, coordinateur de l’IFSI, peu après le lancement de leur première campagne de dons.

Pourquoi la solidarité internationale fait-elle partie de l’ADN de la FGTB ?  

Pour nous, la solidarité constitue un principe fondamental d’organisation de la société. Historiquement renforcée avec l’industrialisation et le développement du mouvement ouvrier, elle part d’un constat simple : nous sommes toutes et tous interdépendants. Aucun travailleur, aucune travailleuse ne construit seul sa sécurité, ses droits ou son avenir. Cette solidarité relève donc moins de la charité que d’une responsabilité collective.

Comment l’organisation mène-t-elle ses projets sur le terrain ?

L’IFSI travaille avec des organisations syndicales partenaires à travers le monde afin de renforcer leur capacité à défendre les droits des travailleurs et travailleuses, améliorer leurs conditions de travail et peser sur les politiques publiques. Concrètement, nous les accompagnons dans leur développement et leur reconnaissance comme acteurs à part entière du dialogue social. Cet accompagnement passe notamment par l’éducation ouvrière, la formation syndicale, les échanges d’expériences et d’expertises.

Parallèlement, l’IFSI sensibilise et mobilise les affiliés et militants de la FGTB autour des enjeux internationaux, donne de la visibilité aux luttes menées par ses partenaires et favorise les solidarités et les actions communes entre organisations syndicales.

Globalement, l’ambition de l’organisation est de contribuer à construire un contre-pouvoir syndical international fort, libre et indépendant, capable d’agir face à des enjeux qui dépassent largement les frontières nationales.


Peux-tu nous décrire un projet de coopération syndicale ?

Tout d’abord il est important de préciser ceci :

Pour l’IFSI, un partenariat ne consiste pas à décider à la place des organisations syndicales. Il repose sur une relation d’égal à égal, basée sur la confiance et le respect entre syndicats qui partagent des valeurs et des objectifs communs.

Laurent Atsou, Coordinateur de l’IFSI

Prenons comme exemple un projet que nous menons en Côte d’Ivoire avec la FGTB Horval. Le cacao constitue un secteur économique majeur, mais les travailleuses et travailleurs restent confrontés à de nombreux défis : conditions de travail inégales, respect insuffisant des droits, faible organisation, persistance du travail des enfants ou encore place insuffisante des femmes dans les structures syndicales.

Face à ces enjeux, le projet mené avec le syndicat FENSTIAA-CI entend consolider durablement le pouvoir d’action syndical tout au long de la chaîne du cacao, des plantations jusqu’aux entreprises de transformation. Il s’agit de permettre aux travailleurs et producteurs de la filière de mieux connaître leurs droits, de s’organiser collectivement et de disposer d’un rapport de force suffisant pour les faire respecter.

Vous menez aussi un travail de plaidoyer à partir de la Belgique. Un mot là-dessus ?

En effet. La force de l’IFSI réside également dans la mise en lumière des réalités socio-économiques et politiques vécues par ses partenaires et les populations locales.

Nous alimentons d’une part, la FGTB pour qu’elle prenne en compte ces réalités dans ses actions d’incidence politique au sein de l’OIT par exemple. D’autre part, nous travaillons avec les réseaux belges de la solidarité internationale afin qu’ils intègrent les dimensions du travail décent dans leur travail.


Enfin, nous menons un travail de sensibilisation à destination des travailleur et travailleuses belges sur ces questions via des campagnes, des actions ou des échanges avec les partenaires. Par exemple, en 2025 nous avons lancé la campagne JUST, pour informer et sensibiliser notre public sur la transition énergétique et climatique juste.

As-tu un exemple concret où l’action de l’IFSI a permis d’obtenir une victoire syndicale ou une avancée importante ?

Ce n’est pas pour nous jeter des fleurs mais il y en a de nombreux. Au Rwanda, dans le secteur de la construction, notre partenaire a réussi à négocier avec les employeurs un système de certification des travailleurs qui leurs permet de suivre une formation professionnelle. Les travailleurs et travailleuses ayant obtenu un certificat obtiendront plus rapidement un contrat de travail et pourront négocier de meilleures conditions salariales. C’est une étape importante pour les sortir de l’informalité.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels sont confrontés les syndicats partenaires de l’IFSI ?

Malgré des contextes socio-économiques et politiques différents, les syndicats sont confrontés aux mêmes défis. À commencer par celui de la criminalisation de la contestation syndicale et la perte des espaces de liberté et de dialogue social.

Un autre enjeu global est celui de la représentativité. Les taux de syndicalisation sont encore trop faibles pour peser durablement sur le débat public, notamment à cause de la généralisation de l’économie informelle.

Par ailleurs, en Afrique francophone nos partenaires sont également confrontés à une multiplication des organisations syndicales qui fragmente la représentation des travailleurs.

L’Arizona a fortement diminué le budget belge pour la coopération. Quel impact ces coupes ont-elles sur vos projets et les personnes sur le terrain ?

La Belgique s’est engagée dès 1970 à consacrer 0,7% de son revenu national brut à l’APD (Aide Publique au Développement). Ça n’a jamais été respecté. En 2025, l’APD de la Belgique a chuté de 21%. Aujourd’hui, notre pays ne consacre que 0,37 % de son RNB à la coopération au développement, son niveau le plus bas depuis 2001.

De plus, l’Arizona prévoit pour 2027-2031 une coupe budgétaire de 25% pour le secteur non-marchand. Concrètement, cela signifie que nos partenaires auront moins de moyens pour construire un rapport de force durable dans la défense des intérêts des travailleurs et travailleuses. Á cet égard, le secteur de la coopération vient de démarrer une campagne d’envergure (unseulchoix.be) pour sensibiliser un large public sur les plus-values de la solidarité internationale.

Vous avez récemment lancé une campagne de dons. Que souhaitez-vous atteindre à travers cette campagne ?

On cherche à regagner une certaine indépendance face à des choix politiques qui sont de plus en plus antagonistes à nos choix stratégiques. L’idée est également de recréer du lien avec les affiliés de la FGTB qui sont déjà nos premiers contributeurs.

Le fonctionnement des subsides entraîne aussi une importante bureaucratisation. Nous consacrons beaucoup de temps, d’argent et d’énergie à démontrer notre plus-value à l’administration. Nous estimons aujourd’hui que nous devrions pouvoir consacrer davantage de moyens à informer et sensibiliser nos propres affiliés.

Pourquoi les travailleurs belges devraient-ils soutenir la solidarité internationale ?

On ne peut plus défendre efficacement les travailleurs et travailleuses uniquement à l’intérieur de nos frontières lorsque l’économie, elle, est mondialisée. Les décisions prises à des milliers de kilomètres peuvent entraîner des conséquences directes sur l’emploi et les conditions de travail en Belgique.

Il ne s’agit pas de choisir entre la solidarité internationale et les combats sociaux en Belgique. La FGTB doit évidemment continuer à défendre ici les salaires, l’indexation, les pensions, la sécurité sociale, les services publics et les libertés syndicales. Mais une partie du rapport de force qui détermine l’avenir de ces conquêtes se construit désormais au-delà de nos frontières.

C’est pourquoi soutenir la solidarité syndicale internationale n’est pas détourner des moyens des travailleurs belges au profit des travailleurs du reste du monde. C’est investir dans un rapport de force commun.


« Il ne s’agit pas de choisir entre la solidarité internationale et les combats sociaux en Belgique. Soutenir la solidarité syndicale internationale c’est investir dans un rapport de force commun. »

— Laurent Atsou, Coordinateur de l’IFSI

Vous souhaitez, vous aussi, contribuer à la construction d’un rapport de force global pour la défense des droits des travailleurs et travailleuses ? Alors aidez l’IFSI à poursuivre ses missions en faisant un don ici.

Ioanna Gimnopoulou
Journaliste, Syndicats Magazine |  Plus de publications

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