GSK : 481 millions d’euros d’aides publiques, 1.217 emplois menacés

GSK : 481 millions d’euros d’aides publiques, 1.217 emplois menacés

Cela faisait des mois que des informations circulaient, mais les travailleurs et travailleuses ignoraient quand l’annonce tomberait et quelle serait son ampleur. Le 14 octobre, lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, la direction du géant pharmaceutique a annoncé son intention de supprimer 1.217 emplois en Belgique.

Une annonce difficile à comprendre pour le personnel, alors que GSK a bénéficié de 481 millions d’euros d’aides publiques en 2025, tout en réalisant des bénéfices. Syndicats Magazine s’est rendu sur le terrain pour donner la parole aux travailleurs et travailleuses.

Il est 10 h, au lendemain de l’annonce, devant le site de GSK à Wavre. Des centaines de travailleurs et travailleuses, vêtus de leurs vestes rouges, discutent devant l’entrée. Sur les chasubles, un message : « Pas sur mon dos ». L’inquiétude est palpable, mais la solidarité est également au rendez-vous. De temps en temps, des klaxons retentissent. Le site est complètement à l’arrêt. Parmi les personnes mobilisées, de nombreux cadres. Du jamais vu, nous confie l’un d’entre eux.


La stupeur

Les travailleurs et travailleuses avaient beau avoir eu la puce à l’oreille, l’ampleur de l’annonce a été un choc. Derrière les 1.217 emplois menacés, il y a autant de personnes et leurs familles, des milliers de vies bouleversées. « Les chiffres sont juste dingues », confie Ann-Sophie Baronheid, déléguée SETCa. « J’en ai encore des frissons. Être éliminé comme ça, si facilement, si rapidement, alors qu’on a beaucoup donné… Il y a un sentiment d’injustice. » Son camarade Nicolas Coopmans abonde : « On s’attendait à quelque chose, mais pas à ça. »


« J’en ai encore des frissons. Être éliminé comme ça, si facilement, si rapidement, alors qu’on a beaucoup donné… Il y a un sentiment d’injustice. »

– Ann-Sophie Baronheid, déléguée SETCa

Tous deux sont cadres et donc potentiellement concernés par les suppressions annoncées. « À la sortie du conseil d’entreprise, les travailleurs se sont empressés de téléphoner à leurs proches », nous explique Nicolas. « Mon fils m’a demandé si j’étais licencié », raconte-t-il, la voix chargée d’émotion. Les noms des personnes qui perdront leur emploi ne seront pas divulgués avant des semaines, voire des mois.

L’incompréhension

Les chiffres donnent le vertige : 481 millions d’euros d’aides publiques et avantages fiscaux en 2025. 2,4 milliards de bénéfices. 5,7 milliards de dividendes distribués à la société mère. Une question est sur toutes les lèvres : pourquoi une entreprise qui se porte aussi bien veut-elle supprimer autant d’emplois ?

Les responsables syndicaux ne s’opposent pas aux subsides publics. Mais ces aides de l’État doivent être conditionnées au maintien et à la création d’emplois.


Concurrence d’autres entreprises, baisse de la production de vaccins, droits de douane imposés par le président américain, volonté d’investir davantage dans la recherche et le développement… Autant de raisons avancées pour justifier les choix de l’entreprise. Pour les représentants syndicaux, elles ne suffisent toutefois pas à expliquer la suppression de milliers d’emplois, alors que d’autres pistes pourraient être explorées. Nicolas évoque notamment la possibilité de réorienter davantage les activités vers les médicaments. « Pourquoi est-ce que investir dans la recherche et le développement, c’est d’office investir ailleurs et se délester de 1200 personnes? » se demande Ann-Sophie.

L’angoisse

Une perte d’emploi est déjà une grande source d’angoisse. Ici, les mesures récemment prises par le gouvernement Arizona rendent la situation encore plus difficile à vivre. Les représentants syndicaux évoquent notamment la limitation des allocations de chômage à deux ans et les changements concernant les prépensions en cas de restructuration.

« Imaginons un travailleur de 54 ans, licencié. Il a commencé à travailler à 20 ans et compte donc 34 années de carrière. Malgré cela, il n’aura droit qu’à deux ans d’allocations de chômage. Alors qu’il a largement cotisé. » Flora Vitale, déléguée FGTB Chimie, partage cette inquiétude : « C’est grâce à GSK que ma famille vit. Si je perds mon boulot, qu’est-ce que je vais devenir avec toutes les nouvelles mesures gouvernementales ? »


« C’est grâce à GSK que ma famille vit. Si je perds mon boulot, qu’est-ce que je vais devenir avec toutes les nouvelles mesures gouvernementales ? »

— Flora Vitale, déléguée FGTB Chimie

« La grande différence entre la restructuration actuelle et les précédentes, c’est le monde dans lequel les travailleurs vont atterrir », souligne Nicolas. L’austérité, la hausse des prix, la limitation du chômage, un marché de l’emploi saturé… Autant de facteurs qui alimentent les inquiétudes. « Ils m’expliquent qu’ils aiment leur travail, leurs collègues, qu’ils gagnent bien leur vie. Et que, là, tout va s’écrouler. »

La solidarité

Aujourd’hui, l’annonce ne concerne que les cadres et les employés. Mais les ouvriers sont eux aussi à l’arrêt et nombreux à se mobiliser sur le piquet, en signe de solidarité.

C’est le cas de Jamal Amraoui, délégué principal FGTB Chimie : « J’ai 49 ans et 25 ans d’ancienneté dans l’entreprise. » Il se souvient avec nostalgie des années de forte croissance, lorsque les CDI étaient accordés à tour de bras, et peine à croire à la situation actuelle. « Clairement, on fait désormais partie d’un groupe multinational et les décisions ne sont plus du tout prises en Belgique. »

Jamal n’est certes pas directement concerné par l’annonce actuelle, mais il craint de futures restructurations. « On doit se prémunir afin de ne pas avoir une deuxième, troisième ou quatrième vague. »

La solidarité ouvrière émeut et rassemble. Pour Ann-Sophie, « aujourd’hui, il n’y a pas de différence de statut, pas de différence de couleur, et c’est chaleureux de voir ça. C’est un combat qu’on doit tous mener, ensemble. »

La lutte

Comme pour toute grande restructuration, la procédure Renault et ses trois phases seront enclenchées : l’information des travailleurs, la consultation de leurs représentants et, enfin, la notification du projet définitif de licenciement collectif.

La priorité des délégués syndicaux est claire : limiter la casse, autrement dit réduire le nombre de licenciements et négocier de bons plans sociaux pour les personnes qui devront partir. « En 2020, on a connu un plan Renault similaire, avec 720 licenciements annoncés et, au final, on a réussi à réduire ce nombre à 386 », explique Anthony Morelli, délégué SETCa. « On se battra pour diminuer ce nombre, de toutes nos forces. » Il s’agira également de proposer des alternatives, comme celle évoquée précédemment, qui consisterait à développer la production de médicaments.


Bref, une grande lutte s’annonce chez GSK. Elle ne sera pas facile et le climat risque de rester pesant durant de nombreux mois. Mais les délégués rouges sont déterminés. « Il est important de rester vigilants et de montrer à la direction qu’on ne se laissera pas faire. On commence le combat, tout simplement », conclut Jamal.

Ioanna Gimnopoulou
Journaliste, Syndicats Magazine | Plus de publications

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