AGC Fleurus ferme après 5 restructurations : les travailleurs demandent le respect

AGC Fleurus ferme après 5 restructurations : les travailleurs demandent le respect

La nouvelle est tombée il y a deux semaines. L’entreprise AGC Fleurus, qui crée des pare-brises pour voitures, a annoncé son intention de fermer ses portes d’ici fin 2023. 187 travailleurs sur le carreau. Une expertise et un savoir-faire uniques perdus. La raison annoncée ? La crise covid. La vraie raison ? La volonté de produire à moindre coût. De faire toujours plus de profit. Nous avons rencontré la délégation de la Centrale Générale d’AGC Fleurus, ainsi que Kevin Peeters, permanent à Charleroi.

Un savoir-faire unique

AGC Fleurus est la dernière usine de fabrication de pare-brises pour voitures en Wallonie. Les travailleurs y fabriquent notamment des verres de nouvelle génération tels que des pare-brises chauffants et des verres de remplacement. L’entreprise fournit sa production à de grands constructeurs automobiles tels que Mercedes et Volkswagen. « Et les constructeurs allemands sont les plus exigeants », nous explique fièrement un des délégués. « Nous possédons l’un des meilleurs savoir-faire au monde. Certains d’entre nous travaillent ici depuis plus de 40 ans. Quand l’entreprise a ouvert une nouvelle usine au Maroc, on y a envoyé nos collègues pour partager leur expertise avec les travailleurs marocains. Autre preuve : quand un client s’en allait, il revenait. Car il ne trouvait pas la même qualité de produit ailleurs ».

Les différents prix gagnés par l’entreprise.

5 restructurations en 18 ans

Début des années 2000, le secteur verrier européen est mis sous pression. En cause ? L’arrivée de fournisseurs chinois et des différentes évolutions technologiques. A ce moment-là, et pour les 20 années qui ont suivi, les travailleurs d’AGC Fleurus ont répondu à toutes les demandes des actionnaires en matière de flexibilité et d’adaptation aux marchés. « La direction a poussé la flexibilité à l’extrême », nous expliquent les délégués. « A un moment, chaque poste portait une couleur et on devait passer d’un poste à l’autre en fonction de la couleur affichée en début de pause. De la finition, au four, pour terminer en salle. Il a fallu apprendre les différentes techniques et ce n’était pas facile ». L’entreprise a également reçu des subsides publics wallons importants pour créer et pérenniser l’emploi. Mais apparemment cela n’a pas été suffisant.

L’entreprise a connu au total cinq restructurations. En 2004, elle comptait 844 travailleurs. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 187. Entre 2019 et 2021, d’autres sites ont été restructurés, et des centaines d’autres travailleurs ont perdu leur emploi, à Louvain-La-Neuve, Seneffe et Moustier.

« Nous demandons du respect pour les travailleurs qui se sont battus pendant 20 ans pour maintenir l’emploi et de bonnes conditions de travail. »

Délocaliser pour faire encore plus de profit

Les multinationales actives dans le secteur de l’automobile se structurent aux frontières de l’Europe et asphyxient les marchés nationaux. C’est aussi le cas d’AGC, qui a délocalisé une grosse partie de ses productions dans des pays de l’Est, en Russie et au Maroc. Pour produire à moindre coût et faire plus de profit, au détriment des droits des travailleurs et de la qualité des produits. Parce que les salaires dans ces pays sont moins élevés qu’ici et les conditions de travail moins bonnes. A titre d’exemple, dans les années 2000, AGC Tchéquie a été élu employeur de l’année à plusieurs reprises, grâce aux investissements successifs et au nombre d’emplois créés. « Aujourd’hui, les travailleurs tchèques quittent AGC pour aller travailler dans la grande distribution qui propose de meilleurs salaires. » Et pourtant, la multinationale n’est pas en déficit. En 2021, elle a reversé 357 millions de dividendes à ses actionnaires.

La grève des 105 jours

Début décembre 2004, les travailleurs d’AGC Fleurus ont mené la plus longue grève de l’histoire de la région, et l’une des plus longues de l’histoire de notre pays. 105 jours. Pendant 105 jours, les syndicats se sont opposés au plan restructuration proposé qui allait coûter 284 emplois sur 844. « Notre cri de guerre : la délocalisation de la production est un scandale ! », se rappelle un délégué. En effet, la multinationale avait pointé du doigt les faibles performances par rapport à d’autres sites européens en termes de productivité, rentabilité, flexibilité et souhaitait délocaliser.

Aujourd’hui, les séquelles se font encore sentir. « C’était très dur. La direction nous a usés. Il y a eu des astreintes. Certains travailleurs ne pouvaient plus payer leurs prêts à la banque, d’autres ont carrément perdu leurs maisons. » « Les policiers nous ont arrosés avec les autopompes, comme si on était des pestiférés » se souvient un autre gréviste. La grève a créé quelques divisions parmi les travailleurs, mais elle a permis de sauver une partie de l’usine.

La fermeture du site d’ici 2023

Alors que la dernière restructuration était encore en cours de négociation, et que la procédure Renault allait seulement entrer dans sa deuxième phase, les représentants syndicaux ont compris que quelque chose ne tournait pas rond. « On voyait le drame arriver ». La direction leur a alors fait part de son intention de fermer le site d’ici fin 2023. Cette fermeture concerne 187 travailleurs dont 149 ouvriers et 38 employés/cadres. En réalité ils sont plus que ça, si l’on compte les travailleurs qui dépendent de sous-traitants : les gardes, les nettoyeurs… « Un véritable coup de poignard. AGC Fleurus faisait partie de ses entreprises du verre ou on y était verrier de père en fils. Mais aujourd’hui l’être humain n’a plus d’importance pour eux », regrette un des délégués. Et il ajoute : « Une grande partie de nos collègues à entre 50 et 55 ans et avec les nouvelles règles de fin de carrière, il ne leur sera pas possible d’accéder à la prépension. Comment vont-ils faire pour trouver du travail ailleurs ?  » « C’est dur pour le moral. Mais on continue à faire notre travail comme on l’a toujours fait », complète un autre, pincement dans la voix.

AGC Fleurus faisait partie de ses entreprises ou on y était verrier de père en fils. Mais aujourd’hui l’être humain n’a plus d’importance pour eux.

Parmi les arguments avancés par la multinationale : la crise covid qui a augmenté considérablement les délais de livraison, et l’augmentation des prix de l’énergie. Les travailleurs sont néanmoins persuadés que ce ne sont pas les raisons principales, mais qu’elles ont accéléré le processus de fermeture.

Les revendications des travailleurs

« D’abord, nous allons nous battre pour éviter cette fermeture et garder une activité industrielle sur le site de Fleurus. Ensuite nous demandons du respect pour les travailleurs qui se sont battus pendant pas moins de 20 ans pour maintenir l’emploi et de bonnes conditions de travail. » La revendication ? Un vrai plan social de sortie. Selon Kevin Peeters, permanent de la CG à Charleroi, « il faut assurer un accompagnement pour les travailleurs congédiés, notamment via la mise en place d’une cellule à cet effet. » Le groupe a également l’intention de réutiliser le site. Il y a donc peut-être des perspectives pour quelques dizaines de personnes, mais rien n’est encore sûr. « Nous avons eu une réunion avec le gouvernement wallon. Nous avons demandé une task force s’il y a une reprise ». Affaire à suivre…

Rassemblement pour les libertés syndicales et commémorations des martyrs de 1886 à Charleroi

En 1886, la révolte de la faim à Roux fut réprimée dans le sang et le syndicat Union Verrière éliminé. Aujourd’hui, les travailleurs d’AGC Fleurus, qui ont connu la répression antisyndicale en 2005, sont menacés de licenciement.

La FGTB, la CSC de Charleroi et le Collectif 1886 se mobilisent le 25 mars en solidarité avec les travailleurs du verre et le respect des droits des travailleurs. Rendez-vous à 10h à la Gare de Roux.

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One thought on “AGC Fleurus ferme après 5 restructurations : les travailleurs demandent le respect

  1. Bonjour,
    Je tiens à marquer mon soutient à l’ensemble des travailleurs du site de Fleurus.
    Pour avoir participé à la fermeture des trois sites de la Basse-Sambre de Saint-Gobain, je sais que la situation pour les travailleurs est difficile, pénible et surtout remplie d’incertitude.
    Je souhaite de tout mon coeur qu’une solidarité de l’ensemble des travailleurs du groupe AGC en Belgique sera exemplaire, de manière que le volet social soit à la hauteur du respect que les travailleurs méritent.
    Avec tout mon respect, Jean-Pierre

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