L’annonce était tombée à la mi-juin. Le producteur de produits phytosanitaires Syngenta annonçait son intention de fermer son site de Seneffe. Résultat : 180 emplois en moins, d’ici fin 2027. Face à un plan social jugé indigne, les travailleurs et travailleuses ont entamé une grève fin septembre. Une grève qui a duré 35 jours, et qui a tenu dans le temps à force de détermination et de solidarité.
Très en colère
« Les travailleurs ont évidemment très mal pris l’annonce. Ils étaient en colère, très en colère », nous explique Laurent Tilman, délégué FGTB Chimie. Quelques jours à peine avant l’annonce, il avait lui-même participé au Conseil d’entreprise (CE) européen, où les messages étaient pour le moins contradictoires. « On a attrapé un responsable qui nous a dit que tout allait bien. » Quelques jours plus tard, changement brutal de discours : la direction convoque un CE extraordinaire et annonce la fermeture définitive de l’entreprise pour fin décembre. Coup de massue.
Cette colère, elle s’explique aussi par la santé financière de l’entreprise, loin d’être mauvaise. En 2025 seulement, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires d’environ 24,5 milliards d’euros. Selon le délégué, une partie du marché devrait désormais être reprise par la Chine, où la main-d’œuvre coûte moins cher. Les produits seraient ensuite réexpédiés vers l’Europe… Un aller-retour qui passe très mal.
La peine de se battre
Suite à l’annonce de fermeture, les négociations commencent. Laurent Tilman estime même qu’elles se « passaient bien »… jusqu’à la deuxième phase de la procédure Renault, et la découverte du plan social. « Ils se moquaient de nous », explique Laurent. La grève se déclenche.



Le climat se tend alors. « L’aspect négatif, c’est le comportement de la direction. Son manque d’humanité. Elle ne voulait pas écouter les travailleurs et menaçait même de supprimer complètement le plan social », explique Eric Peter, permanent de la FGTB Chimie. « C’était un comportement assez étonnant, car jusque là, il y avait une concertation et du respect vis-à-vis de ces travailleurs qui ont donné toute leur vie à l’entreprise », s’indigne-t-il.
Malgré les pressions de la direction, la grève a duré pas moins de 35 jours. « Les travailleurs et travailleuses étaient convaincus que ça valait la peine de se battre. » ajoute le délégué.
La solidarité, pas qu’un mot
Le conflit social a été long et éprouvant. « Dans une société individualiste et corporatiste, c’est avec beaucoup de respect que j’ai regardé ces travailleurs et travailleuses tenir le piquet pendant 35 jours », explique Eric.

Mais si les grévistes ont pu tenir, c’est aussi grâce à la solidarité des camarades venus de toute la Belgique et de toutes les Centrales. « La solidarité, ce n’est pas qu’un mot. C’est ce qui permet de tenir. Ce qui peut faire plier. C’est très respectable », ajoute-t-il, fier d’appartenir à une organisation comme la FGTB.
Laurent, lui, aimerait dire merci : « J’aimerais remercier toutes les personnes de la FGTB qui se sont déplacées. Les travailleurs se sont sentis soutenus par leur présence, leurs mots et leurs gestes. » Certaines composantes du syndicat et des militants ont même fait des dons pour soutenir financièrement les grévistes.
Une victoire un peu amère
Fin octobre, un plan social, approuvé par 75 % des travailleurs, a été conclu avec la direction. Les travailleurs ont obtenu une prime de 2 500 euros par année d’ancienneté, un socle commun de 50 000 euros bruts, ainsi que la garantie qu’aucune personne ne serait licenciée avant 2027.
« Ils ont compris qu’on n’allait pas se laisser faire. On a montré qu’il y avait moyen de tenir des piquets plus de quatre ou cinq jours. C’est du jamais vu dans la région du Centre », explique fièrement Laurent.
Malgré les résultats obtenus, un petit goût amer subsiste, notamment au regard du traitement réservé aux travailleurs les plus anciens, qui auraient pu être davantage respectés.
Photos: Jérôme Peraya – FGTB Bruxelles
