« Tant qu’on se souviendra de leurs prénoms, ils ne seront pas oubliés. » En quittant la répétition de la pièce « Le Renard du Cazier », cette phrase reste gravée dans les esprits. Elle fait écho aux 262 mineurs qui ont perdu la vie lors de la tragédie du Bois du Cazier, le 8 août 1956, mais aussi à ceux qui, pendant deux longues semaines, ont fouillé les entrailles de la mine dans l’espoir de retrouver des survivants.
Parmi eux, Angelo Galvan : chef-porion et sauveteur. Surnommé « le Renard du Cazier », il connaissait les galeries comme sa poche et se faufilait avec une agilité remarquable dans les passages étroits. Septante ans après la tragédie, son arrière-petite-fille, Maïté Fosset, s’est lancé un défi : faire revivre son histoire à travers une création théâtrale. Rencontre express.
Qui était Angelo Galvan, au-delà du mineur devenu héros du Bois du Cazier ?
C’était avant tout quelqu’un de très courageux, avec de grandes valeurs morales. Il était père de quatre enfants et chef-porion de nuit au Bois du Cazier. À seulement 32 ans, il était l’un des plus jeunes à occuper cette fonction. Il était très strict, notamment en ce qui concernait la sécurité des mineurs.
Je ne l’ai presque pas connu, j’avais quatre ans lorsqu’il est décédé. Tout ce que je sais vient des récits de mon père et de ma grand-mère, mais aussi des recherches que j’ai menées pour écrire cette pièce.
Pourquoi avoir choisi de raconter son histoire aujourd’hui ?

« J’ai écrit cette pièce parce que j’avais le sentiment qu’on entendait de moins en moins le nom d’Angelo. Je trouvais cela dommage, car avec lui, c’est un exemple de courage et de solidarité que nous risquons de perdre. »
— Maïté Fosset, autrice et metteuse en scène de la pièce « Renard du Cazier »
L’idée est aussi venue de mon fils. Je raconte souvent les histoires de notre famille à mes enfants et, un jour, il m’a dit : « Tu devrais écrire une pièce sur lui, comme ça tout le monde connaîtra son histoire. »
Je suis professeure de théâtre et comédienne, alors ce projet s’est imposé naturellement. Aujourd’hui, mon fils joue Angelo enfant dans le spectacle. Moi j’incarne mon arrière-grand-mère.
Que souhaitez-vous transmettre à travers cette pièce ?
La solidarité, l’entraide, la notion de communauté. Tous les témoignages que j’ai lus ou entendus montrent qu’au fond de la mine, peu importe les origines, les travailleurs partageaient les mêmes dangers. Une vraie solidarité s’est installée et une communauté s’était créée.
J’ai parfois l’impression que cette solidarité s’est un peu perdue aujourd’hui. J’aimerais que cette pièce rappelle qu’on peut, et qu’on doit, se soutenir.
Pourquoi avoir choisi le théâtre ?
Parce que la culture est, selon moi, l’une des premières formes de résistance. Elle permet de dénoncer ce qui ne va pas dans la société tout en passant par l’émotion. On touche les gens plus facilement qu’avec une simple succession de faits.
Où pourra-t-on découvrir la pièce dans les prochains mois ?
Les premières représentations auront lieu les 5 et 6 août au Bois du Cazier, à l’occasion des 70 ans de la tragédie.
La troupe réunit des comédiens amateurs et professionnels qui ont tous un lien avec l’immigration ou avec le monde de la mine. Pour eux aussi, c’est une manière de rendre hommage à leurs ancêtres.


Je tenais aussi à donner une place aux femmes. On parle beaucoup des mineurs, mais trop rarement de celles qui ont vécu la tragédie à leurs côtés. Je voulais leur donner une voix.
Infos pratiques :

- Quand ? Les 5 et 6 août à 19h.
- Où ? Au Bois du Cazier, Rue du Cazier, à Charleroi.
- Réservations en ligne, par mail à reservation@leboisducazier.be ou par téléphone au 071880856.
