L’avortement est un droit, aux États-Unis comme ailleurs

L’avortement est un droit, aux États-Unis comme ailleurs

Le vendredi 24 juin, la très conservatrice Cour suprême, aux États-Unis, enterrait un arrêt qui garantissait le droit des Américaines à avorter. Ce, depuis près d’un demi-siècle. Conséquence : une moitié des Etats, surtout dans le Sud et le centre, pourraient interdire toute interruption volontaire de grossesse, ou en limiter l’accès. Un colossal pas en arrière pour les droits des femmes, aux Etats-Unis et dans le monde.

L’arrêt « Roe vs Wade »

Aux États-Unis, l’avortement a été légalisé en 1973, suite à l’arrêt connu sous le nom de « Roe vs Wade ». Ce dernier a annulé les lois sur l’avortement qui existaient au niveau des États. Ainsi, depuis lors, ces derniers ne pouvaient en principe rien faire pour restreindre l’accès des femmes à l’avortement.

Mais depuis les années 1970, le débat fait rage. Dominé à droite par l’aile extrémiste chrétienne, tant au niveau des institutions que sur le terrain. Les incidents entre pro et anti-avortement se sont multipliés. Les femmes ou couples qui se rendent dans des cliniques d’avortement aux États-Unis sont souvent victimes de protestations, insultes et parfois même de violences physiques de la part de manifestants anti-avortement, auto-proclamés « pro-vie ». Un médecin qui pratiquait des avortements dans l’État du Kansas, a même perdu la vie, de la main de l’un de ces extrémistes.

Recul

L’arrêt du 24 juin dernier (Dobbs vs. Jackson Women’s Health Organization) permettra désormais aux différents États américains de prendre des mesures pour restreindre l’accès à l’IVG, voire pour l’interdire totalement. Plusieurs États du Sud, traditionnellement conservateurs, ont déjà indiqué qu’ils prendraient très prochainement des mesures en ce sens.

Cette décision est une atteinte grave au droit des femmes à l’avortement. Elles seront désormais contraintes de recourir à un avortement illégal. Avec les dangers que cela comporte pour leur santé physique et psychologique. La décision de la Cour suprême touche particulièrement les femmes de condition modeste et issues des minorités. Car celles qui ont les moyens de le faire pourront se rendre dans un autre État – ou même à l’étranger – pour avorter en toute sécurité et légalité.

En images: rassemblement solidaire devant l’Ambassade des Etats-Unis, Bruxelles, 30 juin 2022

La situation dans l’Union européenne

En 2018, l’Irlande, qui interdisait strictement l’avortement, l’a autorisé suite à un référendum. Cela fait de Malte le seul pays membre de l’UE qui l’interdit encore complètement. Ce petit pays, de tradition catholique, est connu pour son conservatisme. Le divorce n’y a d’ailleurs été autorisé qu’en 2011. A Malte, une femme qui avorte risque jusqu’à trois ans de prison. Depuis les années 2000, trois femmes ont été condamnées, sans peines de prison. Récemment, une touriste américaine enceinte s’y est vue refuser d’avorter alors que son bébé n’était pas viable, et qu’elle-même présentait un risque d’infection grave. En janvier 2022, Roberta Metsola, une Maltaise conservatrice anti-avortement, devient Présidente du Parlement européen… Elle devient la troisième femme qui accède à ce poste. Après notamment Simone Veil, une des plus grandes militantes pour le droit à l’IVG en Europe.

Accès limité en Pologne

Autre pays au gouvernement conservateur qui a restreint fortement l’accès au droit à l’IVG : la Pologne. L’avortement n’y est autorisé que dans les trois cas suivants : viol, inceste ou danger pour la vie de la mère. Une malformation du fœtus n’est par exemple pas une condition pour avorter. Une femme qui a recours à l’IVG risque entre 5 et 25 ans de prison. En avril 2022, un procès pour “assistance à un avortement” s’est ouvert en Pologne. Justyna Wydrzyńska, une activiste des droits humains, risque trois ans de prison. Pourquoi? Pour avoir aidé une femme enceinte, victime de violences conjugales, à avorter en toute sécurité.

En Belgique, l’avortement passible de sanctions pénales

La Belgique autorise l’avortement jusqu’à la 12ème semaine de grossesse. Toute femme qui enfreindrait le délai de réflexion de 6 jours ou recourrait à un avortement au-delà de 12 semaines de grossesse est passible de sanctions pénales. Elle encourt une peine allant d’un mois à un an de prison. Des sanctions pénales sont aussi prévues à l’encontre des médecins qui ne respecteraient pas les conditions fixées dans le projet de loi. Résultat : chaque année, environ 500 femmes se rendent aux Pays-Bas pour y subir un avortement quand le délai de 12 semaines est dépassé.

De plus, dans le cadre de l’accord sur la dernière loi votée à ce sujet, les partenaires de la majorité ont cédé à l’exigence du CD&V de reconnaître juridiquement les fœtus morts nés avant 180 jours de gestation. Une décision qui permettra aux opposants à l’avortement de mettre en balance les pseudo-droits du fœtus, et le droit à l’IVG. Ainsi, par exemple, les médecins opposés à l’avortement pourront encore plus facilement invoquer l’objection de conscience pour ne pas le pratiquer.

Les revendications de la FGTB

La décision de la Cour suprême des Etats-Unis nous rappelle que des droits humains aussi fondamentaux que celui des femmes à l’avortement ne tiennent qu’à un fil. Surtout dans les pays aux gouvernements conservateurs. Mais pas que. Nous devons être vigilants.

La FGTB revendique la dépénalisation complète de l’avortement en Belgique ; l’extension du droit à l’avortement à 20 semaines ; l’abolition du délai de réflexion de six jours et l’inscription de ce droit dans la Constitution.

En 2019, l’on a utilisé l’avortement comme monnaie d’échange pour former un gouvernement fédéral. Depuis lors, la demande d’assouplir la loi sur l’avortement a été étouffée. Même si cela ne figure pas dans l’accord de gouvernement, la FGTB demande que le Parlement prenne une initiative à ce sujet avant la fin de cette législature.

L’avortement fait partie des libertés fondamentales des femmes. Elles doivent pouvoir y recourir dans leur propre pays, en toute sécurité.

Simone Veil ou la défense du droit à l’avortement   Parmi les plus beaux plaidoyers en faveur de l’IVG mené au niveau européen, figure le discours de Simone Veil, alors ministre de la santé, à l’Assemblée générale française, le 26 novembre 1974.

En voici un passage :   « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. » […] « Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation de détresse, qui s’en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l’opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l’anonymat et l’angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur état, trop souvent elles ne trouvent personne pour les écouter, les éclairer et leur apporter un appui et une protection. »  

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