Marie (prénom d’emprunt) a travaillé plus de vingt ans et n’a jamais cessé de se former pour rester active sur le marché du travail. Pourtant, elle est aujourd’hui menacée d’exclusion du chômage. Pour elle, le couperet tombe en juillet.
Entre restructurations, contrats précaires et réorientations professionnelles, son parcours illustre les réalités auxquelles sont confrontés de nombreuses personnes. Elle invite le monde politique à ouvrir les yeux sur ce qui se passe réellement sur le terrain. Témoignage.
Quel est ton parcours ?
J’ai fait des études de secrétariat de direction avec une option médicale. Une fois diplômée, j’ai rapidement trouvé du travail à Bruxelles, où j’ai travaillé pendant seize ans. Pendant six ans, j’ai également été responsable d’une équipe de secrétaires médicales. Mais cette mission s’est arrêtée à la suite d’une restructuration, liée à des raisons budgétaires.
Après cela, je n’ai pas retrouvé d’emploi. J’ai alors décidé de me réorienter et j’ai entamé des études pour devenir institutrice primaire. On nous vend un peu du rêve pendant la formation, mais une fois sur le terrain, lors des stages, on découvre une autre réalité. Les conditions de travail et les statuts ne sont pas aussi attractifs qu’on le dit.
Par la suite, j’ai retrouvé un emploi dans le secteur non marchand, auprès de personnes sans abri. Mais cela n’a duré qu’un peu plus d’un an. Depuis janvier 2024, je cherche très activement un emploi, sans succès.
Aujourd’hui, malgré ce parcours, tu es confrontée à l’exclusion du chômage. Comment le vis-tu ?
Je le vis très mal. Pour moi, c’est profondément injuste. Je cherche activement du travail, je rencontre un organisme d’accompagnement à l’emploi toutes les deux semaines et je peux le prouver. J’ai énormément de lettres et de candidatures à montrer.
Je suis de près l’actualité et je me suis renseignée auprès de l’ONEM. J’ai compris qu’en juillet 2026, mes droits seront terminés. Mais juillet 2026, c’est demain. Et aujourd’hui, je n’ai plus confiance en l’avenir… Si je suis effectivement exclue, je risque de devoir vendre ma maison.
Quelles sont les conséquences concrètes au quotidien ?
C’est très difficile à vivre. L’avenir est incertain. J’ai déjà été victime de réformes par le passé. J’ai perdu un poste à la suite de coupes budgétaires décidées par le gouvernement dans le secteur des soins.
Mon mari travaille dans l’industrie du béton et il fait tout ce qu’il peut pour que nous nous en sortions. Mais si je n’ai plus aucun revenu, nous devrons prendre des décisions que nous ne voulons pas prendre. Nos enfants sont nés dans cette maison. L’idée de devoir la vendre nous fait très mal.
Que fais-tu aujourd’hui pour rebondir ?
Je me suis inscrite dans une formation en alternance dans un métier en pénurie. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour retrouver un emploi. La balle est dans mon camp, je le sais…
Mais je pense que les partis qui ont voté ces réformes ne mesurent pas les conséquences réelles de leurs décisions. Ils devraient venir voir ce qui se passe sur le terrain, dans la vraie vie. Car tout n’est pas si simple.
