Du 1er au 12 juin se tient à Genève la 114e session de la Conférence internationale du Travail de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Le 8 juin, le président de la FGTB, Bert Engelaar, y a pris la parole pour mettre en lumière l’un des plus grands enjeux de notre époque : l’utilisation de l’intelligence artificielle sur les lieux de travail.
La Conférence internationale du Travail n’est pas seulement un forum mondial de débat et d’échange d’idées sur les droits des travailleurs et des travailleuses. Elle constitue également l’organe suprême de décision de l’OIT. Aux côtés des représentants des 187 États membres, de nombreuses organisations nationales et internationales sont présentes, avec un rôle particulièrement important pour les représentants syndicaux, dont la FGTB.
Remettre l’humain au centre
« Quelle est la place de l’être humain dans tout cela ? » C’est par cette question centrale que Bert Engelaar a ouvert son intervention lors de la séance plénière du huitième jour de la conférence.
Ces dernières années, la question de l’intelligence artificielle a pris une place croissante dans le débat public, tant sur le plan sociétal que dans le domaine des droits des travailleurs.
Engelaar l’a souligné dans son discours : « Un travailleur reçoit un message automatisé lui annonçant que son horaire a changé. Une infirmière voit un logiciel calculer le temps qu’elle peut consacrer à un patient. Un chauffeur attend qu’une application lui attribue encore quelques courses afin de pouvoir payer son loyer à la fin du mois. Voilà le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Un monde où l’intelligence artificielle occupe une place toujours plus importante », a expliqué le président de la FGTB devant une salle comble de représentants internationaux.
C’est précisément cette dimension internationale qui fait de la Conférence de l’OIT un cadre privilégié pour débattre des grands enjeux du monde du travail, comme l’impact de l’intelligence artificielle. En tant qu’agence spécialisée des Nations Unies, l’OIT adopte des conventions internationales qui ont des effets concrets. La lutte contre le travail des enfants en est un exemple marquant : la convention de l’OIT sur le travail des enfants a permis de faire reculer de 40 % le nombre d’enfants travaillant entre 2000 et 2016.
Une révolution technologique qui rappelle le passé
Pour Bert Engelaar, l’histoire semble se répéter. Les précédentes révolutions technologiques promettaient déjà davantage de liberté aux travailleurs et travailleuses. Des promesses qui n’ont pas été tenues. L’augmentation de la production rendue possible par les machines n’a pas conduit à davantage de temps libre. Elle s’est traduite par une accélération du rythme de travail et par la normalisation d’un état de fatigue permanent.
« Le progrès technologique n’a jamais garanti le progrès humain », poursuit Bert Engelaar. « Un algorithme ne comprend pas l’angoisse d’un travailleur qui craint de perdre son emploi. Une plateforme numérique ne connaît pas le silence. Le silence d’un travailleur qui rentre chez lui tellement épuisé qu’il n’a plus l’énergie de parler à ses enfants. »
Le droit de décider
À partir de ces constats, Bert Engelaar en vient à la conclusion de son intervention. Il rappelle un principe fondamental que nous avons trop souvent tendance à oublier face à l’évolution fulgurante de l’IA : nous pouvons encore décider nous-mêmes. Décider des limites à fixer et des personnes que nous devons protéger.
« Lorsqu’il n’y a pas de règles, ce sont les plus vulnérables qui en paient le prix. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle transforme presque tous les aspects de la vie professionnelle : le recrutement, les salaires, la santé, la surveillance, le droit à la déconnexion et la protection contre les licenciements abusifs », avertit Bert Engelaar.
« Nous devons faire de ce nouveau chapitre technologique un chapitre où la justice sociale et le travail décent occupent une place centrale. Un chapitre dans lequel personne n’est laissé dans l’ombre des machines », conclut-il.

« Nous devons faire de ce nouveau chapitre technologique un chapitre où la justice sociale et le travail décent occupent une place centrale. »
— Bert Engelaar, Président de la FGTB
