Le 12 mai, pendant qu’à Vienne se déroulait la demi-finale de la 70e édition du Concours Eurovision de la chanson, des événements alternatifs étaient organisés un peu partout en Europe en soutien au peuple palestinien. Des initiatives qui refusent de voir la musique et la culture servir de vitrine à un État d’apartheid.
À La Madeleine, à Bruxelles, la salle affichait complet pour « United for Palestine », une soirée coorganisée par SOS Gaza, 11.11.11, INTAL et Vrede vzw, avec le soutien de la FGTB.
Dabkeh et résistance
La soirée s’est ouverte avec le Raj’een Dabkeh Group. Sur des rythmes électroniques mêlés à des chants arabes traditionnels, la troupe bruxelloise s’engage pour la cause palestinien en offrant des performances de dabkeh, danse populaire palestinienne. « Raj’een » signifie d’ailleurs « nous reviendrons ».
Les organisateurs, Katrien De Ruysscher et Alain Platel, ont ensuite donné le ton : « Nous sommes ici parce que nous désapprouvons la participation de la Belgique et d’Israël au Concours de l’Eurovision. Nous rejetons la manière dont ce concours est utilisé pour normaliser la politique génocidaire et d’apartheid d’Israël », a déclaré Katrien De Ruysscher.

« Nous rejetons la manière dont ce concours est utilisé pour normaliser la politique génocidaire et d’apartheid d’Israël. »
— Katrien De Ruysscher, organisatrice
Dans la salle, les slogans « Free, free Palestine » éclataient régulièrement.
Boycotter et interpeller
Mis à part le boycott de l’Eurovision en tant que tel, plusieurs intervenants ont appelé à interpeller également les entreprises qui entretiennent des relations économiques avec Israël, citant notamment Coca-Cola, Carrefour, Caterpillar ou Belfius.
Le musicien Stef Kamil Carlens a lui aussi pris la parole : « En ce moment même, des événements similaires ont lieu partout en Europe. L’Eurovision n’a jamais été aussi impopulaire : à cause de ses deux poids deux mesures, de sa politique raciste et de son hypocrisie. »
Sur scène se sont succédés ensuite plusieurs artistes belges : Isolde Lasoen, Laura Tesoro, qui interprète notamment son titre « What’s the Pressure » avec lequel elle avait participé au concours, ou encore Lenny Lenny.




Et bien sûr, les artistes belges n’étaient pas les seuls à monter sur scène. Le chanteur palestinien Bashar Murad a livré lui aussi un message politique avant de monter sur scène : « Nous en avons assez que ce festival serve à blanchir l’image d’Israël. En plus de justifier un génocide, ils essaient également de se présenter comme un havre de paix pour les droits LGBTQIA+. C’est une grande farce », a-t-il déclaré.
La gorge serrée
En deuxième partie de soirée, Daan, Zap Mama et Gustaph sont montés à leur tour sur scène. Gustaph a interprèté « Because of You », sa chanson sélectionnée pour l’Eurovision de 2023. Applaudissements du public.
Puis le silence. La poétesse palestinienne Halah Asfour a récité un texte bouleversant : « Comment expliquer que la table à manger devienne soudain trop grande ? Que les jouets restent intacts, comme si quelqu’un pouvait rentrer à tout moment ? Qu’une mère disparaisse, mais que son odeur persiste encore pendant des jours dans les draps ? » La salle entière écoutait, la gorge serrée.





Tout au long de la soirée, keffiehs sur les épaules, le public a chanté, applaudi et scandé des slogans de solidarité. C’était un moment pour célébrer la solidarité et méditer sur toutes les souffrances que les Palestiniens ont dû endurer depuis mai 1948. Cette douleur se lisait dans les regards de Bashar Murad, de Halah Asfour ou encore des danseurs de dabkeh. Mais dans ces mêmes yeux se reflétaient aussi une résilience inébranlable. 12 points pour la résilience, la solidarité et l’humanité.
© photos : Raven Swinnen et John Gallardo
