Un autre budget est possible

Un autre budget est possible

Le front commun syndical a présenté, le 23 avril, son budget alternatif pour l’Etat. Face à l’explosion des inégalités mondiales et à la politique budgétaire du gouvernement Arizona – centrée sur les coupes et les économies -, les syndicats veulent démontrer qu’une autre voie est possible. Leur proposition s’accompagne d’une pétition destinée à porter le débat au Parlement fédéral. En termes de fiscalité : « Il est urgent de corriger une situation profondément inéquitable », affirme Bert Engelaar, président de la FGTB.

Une société où chacun contribue à hauteur de ses moyens : pour certains, cela relève de l’utopie. Pour les syndicats, c’est la seule voie à suivre. C’est dans cette perspective que la FGTB, la CSC et la CGSLB ont présenté ensemble une alternative fiscale, soutenue notamment par Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI), Julien Desiderio d’Oxfam Belgique et Bruno Fierens de Millionaires for Humanity.

La frénésie des coupes budgétaires

« Le gouvernement Arizona prépare actuellement une nouvelle vague de coupes budgétaires. Pour l’éviter, nous présentons aujourd’hui notre propre budget », a lancé Ann Vermorgen, présidente de la CSC, en ouverture. Rapidement, il apparaît que la proposition dépasse la seule question fiscale. Il est aussi question d’égalité, de démocratie et de préservation de la paix sociale.

« Avec la CSI, nous avons lancé en 2024 une campagne mondiale pour évaluer l’état des démocraties », explique Luc Triangle. « Le grand danger réside surtout dans ce que font les politiciens une fois élus. L’égalité, les droits LGBTQI+, la liberté d’expression, la liberté de la presse, les droits des travailleurs et les droits syndicaux sont systématiquement démantelés. Nous, les syndicats, sommes le plus grand mouvement social au monde. Les dirigeants le savent, et c’est donc nous qu’ils attaquent en premier »


Milliardaires et extrême droite, main dans la main

Selon Luc Triangle, cette offensive ne vient pas uniquement de gouvernements autoritaires ou d’extrême droite. Elle est aussi soutenue par une poignée de milliardaires avides de pouvoir et de plus en plus visibles dans le débat public. « Quand responsables politiques et ultra-riches avancent main dans la main, cela représente un danger majeur pour la démocratie », prévient-il.

Répartition inégale des richesses

Julien Desiderio, expert fiscal chez Oxfam Belgique, illustre cette concentration des richesses avec des chiffres frappants. En 2025, les 0,001 % les plus riches détenaient 6,1 % de la richesse mondiale, contre 3,8 % en 1995. Dans le même temps, la part détenue par les 50 % les plus pauvres stagne autour de 2 % depuis 1995. Cela revient à dire qu’une ville de 56 000 personnes possède trois fois plus que la population totale du continent africain, de l’Europe, des États-Unis, du Pakistan, des Philippines et du Vietnam réunis.

Pour l’expert, cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large, en cours depuis les années 1980 : moins d’impôts sur le capital au nom de l’efficacité économique. Les recettes publiques perdues seraient compensées par tout l’argent qui retourne dans l’économie. Une théorie largement démentie par les faits, tout comme l’idée que les milliardaires amassent leur fortune par leurs propres moyens ou que le capitalisme stimule l’innovation.

Et cela ne s’arrête pas là. « Nous assistons actuellement, pour la première fois dans l’histoire moderne, à d’importantes coupes budgétaires dans l’aide au développement. Notamment à cause d’Elon Musk et de sa vague de restructurations au sein de l’agence américaine USAID. Cela pourrait coûter la vie à des millions de personnes dans les années à venir », alerte l’expert d’Oxfam.


« Nous assistons actuellement, pour la première fois dans l’histoire moderne, à d’importantes coupes budgétaires dans l’aide au développement. »

— Julien Desiderio, expert fiscal chez Oxfam Belgique

La politique de l’autruche

Entouré de syndicalistes, de membres de la société civile et de journalistes, Bruno Fierens ne passait pas inaperçu. Héritier de la famille à l’origine de la holding « Ackermans & van Haaren », il est le seul membre belge de Millionaires For Humanity, un réseau international qui plaide en faveur d’un impôt plus élevé sur la fortune. « Le problème actuel ne réside pas seulement dans la manière dont nous parlons de ce sujet, mais surtout dans la manière dont nous n’en parlons presque jamais », commence Fierens dans son discours.


Il constate une absence totale de débat sur la fiscalité juste, l’argent étant un sujet sensible à tous les niveaux. Bruno Fierens poursuit : « Nous devons oser briser les clichés dans les deux sens. Par exemple, celui selon lequel les riches ne font que voler les pauvres. Mais aussi l’idée que les pauvres seraient trop paresseux pour entreprendre. Cela commence par une analyse honnête. On ne peut pas essayer de construire un puzzle ensemble tout en décidant que certaines pièces n’existent pas. »

21,2 milliards de recettes complémentaires

Le budget alternatif des syndicats vise principalement à rééquilibrer la contribution du travail et celle du patrimoine dans les recettes publiques. Sur base des calculs du Bureau du Plan, une globalisation des revenus soumis à l’impôt des personnes physiques pourrait rapporter près de 12,9 milliards d’euros par an. Pour y parvenir, les syndicats réclament notamment la mise en place d’un véritable cadastre des patrimoines.

Quelques autres sources de recettes qui pourraient redresser le budget : l’évaluation et la limitation des subventions aux entreprises, la limitation des privilèges des sociétés de management, et des cotisations équitables sur les flexi-jobs et les jobs étudiants. Au total, les mesures proposées pourraient générer jusqu’à 21,2 milliards.

Il y a urgence !

En clôture, Bert Engelaar a insisté sur l’urgence du débat : « Aujourd’hui, nous assistons à un déséquilibre qui ne cesse de s’aggraver. On ne peut pas expliquer cela au travailleur moyen qui consulte sa fiche de paie. Cela alimente la frustration, nourrit la méfiance, le populisme et l’extrémisme ». Et conclut : « Le gouvernement de l’Arizona nous impose un faux choix entre discipline budgétaire et droits sociaux. Mais ce n’est pas un choix équitable, car il existe bel et bien une alternative ».


« « Le déséquilibre actuel dans la répartition des charges alimente la méfiance, le populisme et l’extrémisme. »

— Bert Engelaar, Président de la FGTB

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