Enseignant·es, étudiant·es, travailleuses et travailleurs de l’accueil de l’enfance, du secteur associatif et culturel… Ils étaient plus de 15 000 à défiler ce 9 avril dans les rues de Bruxelles contre les mesures d’austérité du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). En jeu : l’avenir de leurs secteurs, leurs conditions de travail et la qualité des services rendus à la population.
Le rendez-vous était fixé à 9h30 à la gare du Midi. Très vite, la place s’est remplie de rouge, de vert et de bleu. Sur les pancartes, des slogans à la fois créatifs et déterminés : « Lutte de(s) classe(s) », « Valérie, et si t’arrêtais tes conneries ? » ou encore « Touche pas à mon prof ».
Une vision élitiste de l’enseignement
Plus de 70 % du budget de la FWB est consacré à l’enseignement, ce qui en fait une cible majeure des économies annoncées. La ministre MR Valérie Glatigny et le gouvernement MR-Engagés prévoient notamment d’augmenter de 10 % la charge de travail des enseignant.es du secondaire supérieur, de réduire les moyens consacrés à l’accompagnement et à la gratuité scolaire, de remettre en cause la nomination des professeurs et de diminuer les investissements dans les bâtiments.
Merve, déléguée CGSP et enseignante à l’institut technique de Morlanwelz, dénonce des choix lourds de conséquences : «L’enseignement est un pilier essentiel de la société. Supprimer les statuts, c’est en fragiliser la stabilité. » Elle pointe aussi l’état des infrastructures : « Les bâtiments sont déjà vétustes, et les moyens diminuent encore. » Quant à l’augmentation de la charge de travail, elle est sans ambiguïté : « Travailler 10 % en plus pour le même salaire, c’est une perte. »



Pour Luc Toussaint, président de la CGSP Enseignement, ces mesures traduisent « une vision utilitariste, minimaliste et élitiste de l’enseignement. » (…) « On revient à un enseignement réduit aux fondamentaux, c’est-à-dire apprendre à lire et à écrire et puis c’est tout. Mais aussi un enseignement où l’on va éliminer les plus faibles. Tout le monde n’aura plus les mêmes chances de faire de longues études. » Il alerte aussi sur un phénomène déjà à l’œuvre : « Quand le budget n’augmente pas – voire, il diminue en proportion – et que parallèlement l’on demande de plus en plus de tâches au corps enseignant, on a une fuite des travailleurs, une pénurie qui s’accroit. »

« C’est une vision utilitariste, minimaliste et élitiste de l’enseignement. »
— Luc Toussaint, Président de la CGSP enseignement
Les enfants et les jeunes mis à mal
Au-delà des conditions de travail, ce sont aussi les enfants et les jeunes qui subissent directement les conséquences des restrictions budgétaires.
Aurore, puéricultrice dans la région de Namur et déléguée SETCa, témoigne : « L’accueil de l’enfance est mis à mal. On nous demande de plus en plus de tâches qui ne concernent pas directement les enfants. » Elle évoque des crèches qui ferment plus tôt faute de personnel, alors même que les listes d’attente s’allongent.
Sur le podium, les interventions se succèdent. Catherine Opalinski, coordinatrice des Jeunes FGTB, dénonce des politiques qui accentuent les inégalités : « Quand les étudiants ont besoin d’un meilleur encadrement, on leur répond par des mesures qui les excluent. Quand ils ont besoin de meilleures bourses d’études, on augmente les frais d’inscription. »
Parmi les inquiétudes majeures : la hausse du minerval à 1 200 euros. Sur une pancarte, une étudiante résume la situation : « Je n’avais pas prévu de faire un prêt. »



Un refinancement, une revalorisation et de… la confiance
Le secteur socio-culturel, lui aussi, se mobilise. Plusieurs organisations, dont la Ligue des droits humains, participent à la manifestation.
Alex, délégué SETCa dans une fédération de maisons de jeunes, redoute lui aussi un affaiblissement durable : « Je suis là parce que j’ai peur que des secteurs essentiels à la société, qui dépendent de la FWB, soient supprimés, amoindris dans leur pouvoir d’agir. »
La suppression annoncée des dispositifs d’aide à l’emploi, comme les APE en Wallonie ou les ACS à Bruxelles, suscite une vive inquiétude. Ces contrats représentent parfois plus de la moitié des personnes qui font tourner le tissu associatif. « Les impacts sont concrets », insiste-t-il. « Je vois des maisons de jeunes qui sont sous l’eau et qui ont moins d’emplois. Les jeunes en souffrent ».
Le secteur réclame un refinancement, une revalorisation… et « de la confiance. » « Il faut faire confiance au tissu associatif qui a toujours assumé une part que l’État n’assumait pas : le terrain. Il y a un niveau de compétence qui est très élevé et une militance noble – et pas politicienne comme on essaye de nous le faire croire aujourd’hui ».

« Il faut faire confiance au tissu associatif qui a toujours assumé une part que l’État n’assumait pas : le terrain. »
— Alex, délégué SETCa dans une Fédération de maisons de jeunes
« On ne vous laissera pas faire »
Au cœur de la mobilisation, un même message : ces secteurs sont essentiels. Ils structurent la société, soutiennent les familles, forment les citoyens et créent du lien social.
« Nous sommes ici pour dire au gouvernement de la FWB MR-Engagés qu’on ne se laissera pas faire. Notre travail est le ciment de la société, mais nous ne pouvons plus le faire à n’importe quel prix. » conclut Nathalie Lionnet, secrétaire fédérale SETCa pour le non-marchand.
Présent également dans le cortège, le président de la FGTB, Bert Engelaar, appelle à poursuivre la mobilisation : « Certaines politiques sont communautaires. Notre résistance, elle, est générale. C’est le même mépris qui s’exprime depuis deux ans à tous les niveaux de pouvoir. Le 12 mai, on sera à nouveau dans la rue. »






