EDITO | La traque ou l’indulgence

EDITO | La traque ou l’indulgence

Ces derniers mois, un discours s’est imposé avec une brutalité inquiétante. Le chômeur serait devenu un problème majeur de notre société. Le malade de longue durée serait suspect par défaut. L’allocataire social devrait constamment prouver qu’il mérite encore sa place dans la collectivité. À force de reportages sensationnalistes ou franchement nauséabonds, de déclarations politiques caricaturales et de raccourcis dangereux, des milliers de personnes ont été transformées en suspects permanents. Par contre, face aux fraudes fiscales massives, c’est le grand silence.

La suspition est devenue une méthode politique

Dans ce climat, il suffisait presque de rappeler une évidence sur un plateau TV –  «  toutes les personnes qui bénéficient d’une aide socialene sont pas des fraudeurs » – pour passer pour naïf ou déconnecté. Pourtant, la réalité est là : derrière chaque dossier, il y a des vies cabossées, des accidents de parcours, des licenciements, des maladies, des séparations… Des personnes qui tentent simplement de tenir debout.

Dans cette édition de Syndicats Magazine, nous avons voulu donner la parole à celles et ceux qu’on préfère souvent réduire à des chiffres ou à des clichés. Des personnes exclues du chômage, plongées dans une profonde incertitude, confrontées à des angoisses très concrètes : comment payer le loyer, remplir le frigo, continuer à vivre dignement ? Mais nous avons également rencontré les travailleurs et travailleuses qui les accompagnent au quotidien dans leurs démarches. Des professionnels qui voient la détresse sociale de près, et se frottent à des règles toujours plus complexes.

Le grand silence

Face à ces inquiétudes, questions, cris decolère, que se passe-t-il en face? Rien. Le grand silence du gouvernement face à la souffrance quotidienne de celles et ceux qui tombent « hors des radars  » en dit long. Les appels au secours des CPAS et des services sociaux aussi.

Et un autre silence interroge…

Au même moment, lorsque des centaines de millions transitent par des paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt, l’indignation semble soudain beaucoup plus discrète. Pas de grande croisade politique. Pas de déferlement médiatique permanent. Pas de doigt accusateur. Certaines fraudes semblent donc plus tolérables que d’autres.

Le déséquilibre est flagrant. On contrôle avec acharnement ceux qui ont peu, tandis qu’on observe avec une étonnante retenue ceux qui possèdent – et dissimulent – des fortunes. On traque sans vergogne la petite erreur administrative, mais on parle à voix basse des gigantesques mécanismes d’optimisation et d’évasion fiscale. Qui privent pourtant la collectivité de moyens considérables.

Ces moyens qui « manquent » ensuite pour financer les pensions, les soins de santé, les services publics, l’accompagnement social ou encore l’emploi de qualité.

En résumé, pour un revenu d’intégration prétendument abusif, on sort les caméras. Pour l’ingénierie fiscale, on mobilise les cabinets d’avocats d’affaires.

À force de cogner systématiquement sur les uns et d’épargner quelques autres, certains partis entretiennent un système injuste qui oppose les citoyens entre eux, nourrit la méfiance et fragilise profondément la cohésion sociale.

C’est à nous, ensemble, de remettre la solidarité, la justice fiscale et l’intérêt collectif au cœur du débat.

Bert Engelaar et Selena Carbonero Fernandez
Plus de publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Lire aussi x