« Être syndicaliste, c’est être féministe »

« Être syndicaliste, c’est être féministe »

Entretien avec Dominique Verfaille, présidente du Comité Femmes Eliane VogelPolsky (EVP).

Quelle est la place du féminisme au sein d’une organisation syndicale ?

Être syndicaliste aujourd’hui, c’est être féministe. Nos combats syndicaux visent à acquérir et à défendre des progrès en matière de justice sociale. Or la situation des femmes qui vivent et travaillent dans notre pays est loin d’être exemplaire. Les femmes connaissent de nombreuses situations d’injustice. La première d’entre elles concerne bien évidemment les salaires. Mais il y a également celle des conditions de travail et celle de la santé où des distinctions existent entre les hommes et les femmes.


« La situation des femmes qui vivent et travaillent dans notre pays est loin d’être exemplaire. »

— Dominique Verfaille

Quelles actions mène la FGTB pour défendre les droits des femmes ?

La FGTB organise depuis 17 ans une action dans le cadre de la journée de l’égalité salariale. Nous organisons aussi régulièrement des campagnes de sensibilisation autour des diverses discriminations qui touchent encore les femmes. À Bruxelles, le Comité Eliane Vogel-Polsky est très actif et militant. De plus, nous analysons chaque année l’écart salarial avec l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Cet écart salarial est-il encore important dans notre pays ?

En Belgique, tel que calculé en 2021, l’écart salarial s’élève à 22,7% en défaveur des femmes. Ce n’est pas acceptable. Certains considèrent ce différentiel exagéré car dans notre pays, on ne peut définir les salaires en fonction du genre. Mais ce n’est pas le cas, car il faut considérer le contexte d’une façon exhaustive. S’il est vrai que deux travailleurs assignés à une fonction équivalente perçoivent une rémunération identique,
il faut prendre en considération le fait que les femmes soient cantonnées à certaines activités. Par exemple dans le secteur du nettoyage, les femmes sont souvent assignées au nettoyage de bureau où les barèmes salariaux sont inférieurs à ceux en vigueur pour le nettoyage des vitres. On constate ainsi que
des fonctions ou des secteurs moins valorisés que ceux des hommes sont dévolus aux femmes. C’est notamment le cas pour le secteur du care qui regroupe le soin et l’aide à la personne ou encore celui du commerce avec les caissières. Et ces secteurs ont été fort impactés ces deux années de crise sanitaire que
nous venons de traverser.

Il ne faut pas non plus négliger l’impact du temps partiel qui concerne 43 % des femmes. Pour une partie non négligeable d’entre elles, le travail à temps partiel est subi et non choisi. Soit parce que l’emploi proposé est tellement intense que les employeurs préfèrent scinder les postes arguant du fait que la
travailleuse ne pourra tenir le rythme de travail sur une journée complète, soit parce que le volume de travail n’est pas suffisant.

D’autres temps partiels sont culturels. Ils relèvent du rôle dévolu aux femmes dans la société où il leur incombe encore trop souvent d’assumer et d’assurer la responsabilité de s’occuper des enfants, des personnes âgées, des proches en difficulté. Les trajectoires professionnelles fragmentées affectent également tant l’évolution des carrières des femmes que leur droit à la pension.

Il y a encore matière à lutte pour que les femmes et les hommes puissent mener à bien leur carrière professionnelle et leur vie sociale active de façon pleinement égalitaire. De beaux combats en perspective!

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