« Pas dans nos poches ! » Tel était le message on ne peut plus clair adressé au gouvernement Arizona, ce 9 octobre, par plus de 50 000 manifestants dans les rues de Bruxelles.
Alors que le gouvernement cherche dix milliards d’euros pour combler le déficit budgétaire qu’il a créé, les pistes avancées par la droite ne laissent guère de place au doute : une fois de plus, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui devront payer la facture. Hausse de la TVA, manipulations de l’index, démantèlement des acquis sociaux…
La mobilisation sociale contre le gouvernement Arizona, elle s’inscrit dans la durée. Les syndicats ont déjà organisé plus de dix manifestations contre la pire politique de régression sociale depuis des décennies.
Une colère sociale grandissante
Celle du 9 octobre intervient dans un contexte de tensions sociales croissantes, notamment parmi une grande partie de la jeunesse francophone. Des élèves et étudiants qui contestent les économies réalisées dans l’enseignement et qui affrontent leur avenir avec inquiétude légitime. Ils étaient nombreux à participer à l’action du jour.







« Je suis ici pour plusieurs raisons », explique une étudiante. « La vie devient hors de prix. Et dans notre pays, certains élèves doivent suivre les cours dans des bâtiments insalubres ou sans chauffage. Ils méritent notre soutien ! » Une de ses amies ajoute : « Le minerval, par exemple, va atteindre les 1 200 euros. La situation est grave. »
« Je suis ici aujourd’hui non seulement pour moi, mais surtout pour nos étudiants », explique Nathalie, enseignante et déléguée syndicale dans le Brabant flamand. « Je travaille dans l’enseignement et nous constatons qu’il devient de moins en moins accessible aux jeunes, notamment à cause de toutes les mesures d’austérité. »
Sur scène, devant une place de l’Albertine comble de militantes et militants, Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB, prend la parole : « Votre colère n’est pas née dans la rue. Elle est née dans des classes surchargées. Dans des locaux insalubres. Elle est née dans les études qui coûtent trop cher. »
Des mesures qui touchent tout le monde
Un peu plus loin, Bernard – délégué de la CGSP – manifeste aujourd’hui contre les mesures antisociales de tous les gouvernements de ce pays, tant au niveau fédéral que régional. « Ces mesures touchent tout le monde, des plus jeunes aux plus âgés. Toutes les factures augmentent, y compris celles des soins de santé. Certaines personnes décident même de reporter une consultation chez le médecin. Et après avoir travaillé toute une carrière pour avoir droit à sa pension, voilà que le gouvernement décide unilatéralement de relever l’âge de la retraite. Et ce n’est pas fini. Y a-t-il encore une lumière au bout du tunnel ? » s’interroge-t-il. « S’il le faut, je reviendrai manifester demain ! »




Inaction climatique
Toutes les luttes ne font qu’une. Dans son discours, Nadia Cornejo, de Greenpeace, a rappelé que malgré les 3 000 décès liés à la chaleur au cours de l’été dernier, les gouvernements brillent par leur inaction climatique.
« Notre gouvernement refuse de taxer les milliards de bénéfices des géants pétroliers, mais demande aux travailleurs et aux citoyens ordinaires de se serrer la ceinture ? Nous devons payer davantage pour nos soins de santé, subir des économies dans l’enseignement et perdre une partie de nos allocations familiales, pendant que les plus gros pollueurs continuent à engloutir des subsides ? C’est le monde à l’envers ! C’est tout simplement scandaleux ! »
Elle en a profité pour appeler à participer à la marche pour le climat du 11 octobre : « Ils veulent nous diviser ? Mais nous sommes unis ! Le mouvement pour le climat est plus vivant que jamais ! »
« Pas question de reporter la mobilisation »
À la veille de la manifestation, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avait appelé les syndicats à reporter leur action. Une demande à laquelle ils n’ont évidemment pas donné suite.
Bert Engelaar, président de la FGTB, lui a répondu : « Georges-Louis Bouchez se dit préoccupé par les dommages économiques que provoquerait notre manifestation. Eh bien, Monsieur Bouchez, nous, ce qui nous préoccupe, ce sont les dégâts économiques que votre gouvernement inflige chaque jour aux familles ordinaires. Et je vais vous dire une chose : les travailleurs et travailleuses qui descendent aujourd’hui dans la rue sont ceux-là mêmes qui, demain, feront à nouveau tourner votre économie ! »
Cap vers la grève générale
Selena Carbonero Fernandez est revenue sur les raisons de la collère : « La colère, camarades, elle naît de l’injustice. Elle naît du mépris. Elle naît de l’abandon. Et nous, nous n’abandonnons personne ! De l’argent, il y en a en Belgique ! Nous savons où aller le chercher ! Et ce ne sera pas dans nos poches ! »

« La colère, camarades, elle naît de l’injustice. Elle naît du mépris. Elle naît de l’abandon. Et nous, nous n’abandonnons personne ! »
— Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB
Pour le syndicat socialiste, les lignes rouges ont en effet clairement été franchies. « Nous avions déjà mis le gouvernement en garde », explique Bert Engelaar. « Toucher à l’index, augmenter la TVA, imposer davantage de flexibilité au détriment des travailleurs… Nous n’en voulons pas ! Notre mobilisation sociale ne faiblira pas. Avec de tels projets gouvernementaux, une grève générale fin novembre devient inévitable. »
