EDITO | « Sauf la FGTB »

EDITO | « Sauf la FGTB »

Vous l’avez peut-être lu dans la presse ces derniers jours : la FGTB a été le seul syndicat à refuser au G10 un texte accordant plus de flexibilité au banc patronal, en cas d’absentéisme massif lié au Covid. Tout le monde a signé, sauf la FGTB.
Nous étions pourtant prêts à négocier pour parvenir à un accord. Nous l’aurions fait, si ce dernier était ciblé, proportionné, objectivé, et surtout débattu dans les secteurs. Mais nous ne voulions certainement pas céder à la panique. Inutile en effet d’ouvrir les vannes d’une flexibilité accrue si cela n’est pas nécessaire.

Aucune donnée concrète

Au moment des négociations, aucun chiffre ni aucune analyse objective n’ont été fournis par le gouvernement. Rien qui ne permettait d’établir qu’un problème d’absentéisme lié au covid se poserait, en tout cas dans des proportions ingérables. Plusieurs commissions paritaires se sont réunies ces derniers jours. Aucune n’a formulé de demande de plan exceptionnel pour parer à l’absentéisme lié au covid. Et si les chiffres des absences devaient augmenter fortement dans l’avenir, les systèmes actuels sont déjà suffisants pour y faire face.

Nulle statistique officielle n’existe. Sur quoi se base-t-on donc pour établir le texte de cet accord ? Tout porte à croire que l’on est en train de prendre des décisions « au doigt mouillé ». C’est extrêmement inquiétant, alors que le gouvernement s’était engagé à fournir des données objectives avant de poser ses choix. Pourtant tout le monde a signé.

Des pleins pouvoirs inacceptables

On ne parle pas ici de « mesurettes ». On parle de mobiliser des pensionnés, travailleurs en chômage temporaire… D’accroître les heures de travail des étudiants, de cumul de salaire et d’allocations… On parle d’un accord qui fait sauter des verrous importants du droit du travail. Car la mise en oeuvre de ce texte donne les pleins pouvoirs aux employeurs. Aucun taux minimum d’absentéisme n’a été déterminé pour pouvoir enclencher le processus. Aucune concertation ne sera nécessaire avant d’appliquer cette nouvelle flexibilité. Si une délégation syndicale existe, elle devra en être… « informée ». Uniquement informée.

L’accord prévoit que ces mesures exceptionnelles puissent être utilisées jusqu’à la fin du mois de février. Mais quid du futur ? Face à un virus et un avenir sanitaire imprévisibles, quel précédent cela crée-t-il ?

Agenda patronal

Ce que nous constatons surtout, c’est que le pic de contaminations lié au variant Omicron a bon dos… Le monde patronal se sert du contexte sanitaire pour faire avancer ses revendications. Le 10 décembre dernier en effet, les employeurs avaient déjà adressé au gouvernement une lettre…qui contenait les éléments principaux de l’accord
que nous rejetons aujourd’hui. Nous dénoncions déjà ces pratiques voici quelques semaines, quand les mesures de quarantaines ont été assouplies sur « simple demande » des employeurs, et sans aucune concertation avec le monde du travail.
Ici, même constat : sur la base d’une crainte — peut-être infondée — d’un absentéisme ingérable, on devrait soudainement assouplir la législation du travail. C’est inacceptable. Pourtant… tout le monde a signé.

Anticiper oui, paniquer non

Anticiper, c’est essentiel, dans une crise comme celle-ci. Mais avant de faire travailler davantage les étudiants et de rappeler les pensionnés, d’autres mesures sont envisageables. Pourquoi ne pas permettre aux travailleurs et travailleuses à temps partiel d’augmenter leur temps de travail dans l’entreprise ? Ou faciliter l’accès au travail
des demandeurs d’emploi et des personnes sans papiers qui ont les qualifications requises ?

Anticiper, c’est aussi appliquer les mesures de prévention des contaminations sur le lieu de travail. Une étape qui n’est pas suffisamment respectée dans les entreprises aujourd’hui.

Cela fait deux ans que nous vivons avec ce virus et ses variants. Le monde du travail a tout donné, s’est plié en quatre pour limiter les contaminations et faire tourner notre société. Des accords efficaces ont été pris et mis en place au sein des secteurs. Cette expertise est indéniable, et doit être écoutée aujourd’hui. Le texte du G10 vient balayer ces efforts
d’un revers de la main.

Alors ce sera sans nous. Oui, tout le monde a signé, « sauf la FGTB ».

Thierry Bodson et Miranda Ulens, Président et secrétaire généale

2 réactions sur “EDITO | « Sauf la FGTB »

  1. Il faudra tirer un bilan de ce mois de février…
    Et montrer du doigts les disfonctionnements.
    Et faire en sorte d’avoir une union syndicale.

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