Trois questions à… Cédric Herrou : « Des combats pour la dignité humaine »

Trois questions à… Cédric Herrou : « Des combats pour la dignité humaine »

Cédric Herrou, agriculteur et militant français, avait été poursuivi, puis innocenté, par la justice française pour avoir accueilli dans sa ferme des milliers de migrants et les avoir aidé à introduire leurs demandes d’asile. En août dernier il s’est rendu en Belgique pour montrer son soutien aux 470 personnes sans-papiers en grève de la faim pour réclamer leur régularisation, ainsi qu’aux sinistrés des intempéries. Rencontre devant l’église du Béguinage.

« Je suis ici pour montrer le soutien du mouvement associatif français aux personnes sans-papiers et à leur combat. Ce que j’ai vu à l’intérieur de cette église est très dur : d’un côté tu as la grandeur de la construction de cette église et de l’autre la petitesse de la gestion politique ; des gens en train de crever et des politiques complètement désœuvrés, qui n’ont aucune réponse à donner aux questions. C’est troublant… Quand on arrive à être indifférents à ce point, à ne plus pouvoir accéder à l’empathie, on peut dire qu’il y a un réel problème.« 

Politiques migratoires belge – française, même combat ?

« En fait il y a un problème plutôt européen sur la gestion migratoire. On l’a vu en 2018 : il y a eu une noyade organisée en méditerranée. On vit la migration de manière complètement détachée. Pour nous l’étranger est tellement différent qu’il devient une autre espèce. On le laisse mourir comme on pourrait laisser mourir certains animaux. L’Europe a un problème d’identité. C’est une civilisation qui se barbarise…« 

Justice sociale = justice climatique

« Dans la vallée de la Roya on a été victimes d’une grosse tempête en octobre dernier. On a dû y porter des combats méprisés par les classes politiques : sur l’écologie, l’immigration, la précarité… Ce sont des combats qui sont liés, car ils découlent des conséquences du néolibéralisme. Des combats pour la dignité humaine. En ce moment, on est dans une fin de cycle et ils essayent tous de se servir sur les dernières miettes. On le voit très bien avec la crise Covid : les milliardaires se sont enrichit. Et ce sont comme d’habitude les pauvres qui payent le prix fort. Dans la vallée de du Roya les personnes sinistrées étaient des personnes qui étaient déjà dans la précarité.« 

C’est quoi un militant en fait ? C’est quelqu’un qui est dans le contre-pouvoir et qui dénonce les dysfonctionnements. Et une démocratie, c’est un pouvoir qui respecte le contre-pouvoir.

Cédric Herrou

La criminalisation des mouvements sociaux

« Il y a, en ce moment, une criminalisation des associations dissidentes et militantes. C’est quoi un militant en fait ? C’est quelqu’un qui est dans le contre-pouvoir et qui dénonce les dysfonctionnements. Et une démocratie, c’est un pouvoir qui respecte le contre-pouvoir. En ce moment en France, en Belgique et ailleurs en Europe, on a un pouvoir qui ne tolère plus le contre-pouvoir. A titre d’exemple, quand j’étais en procès on pouvait m’incriminer parce que je suis un opposant politique. Il y a du mépris pour la démocratie et il est plus important que jamais de la défendre ! »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Lire aussi x

Syndicats Magazine

GRATUIT
VOIR