Notre index

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L’indexation plafonnée voulue par le gouvernement De Wever-Bouchez n’est pas une variante technique de l’index, mais un saut d’index déguisé, permanent et cumulatif.

La Belgique dispose toujours du très protecteur système de l’indexation automatique. Ce qu’en dit le baromètre socioéconomique de la FGTB ? « Lors de la crise inflationniste survenue entre la fin de 2021 et le début de 2023, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les travailleurs belges et les bénéficiaires d’allocations sociales ont été préservés de la perte brutale de pouvoir d’achat subie ailleurs. L’économie belge a mieux résisté et s’est redressée plus rapidement que la plupart des économies de la zone euro. »

Des attaques frontales au pouvoir d’achat

La BNB (Banque nationale de Belgique) l’a confirmé, dans une étude publiée en septembre 2025 : l’indexation automatique a été le seul véritable levier d’adaptation des salaires en Belgique au cours de la dernière décennie.

Pourtant, le gouvernement attaque ce système, notamment au niveau des allocations et traitements des fonctionnaires, mais pas seulement. Lors du contrôle budgétaire de novembre 2025, l’Arizona franchissait une ligne rouge en décidant que — en 2026 et en 2028 — les salaires dépassant 4.000 € bruts et les allocations sociales dépassant 2.000 € bruts ne seraient plus indexés pour tout ce qui « dépasse » de ces montants.

Officiellement, l’objectif serait de faire contribuer « les épaules les plus larges » aux efforts budgétaires. En réalité, la mesure ne vise absolument pas les « vrais » riches. Elle concerne près d’un travailleur sur deux — le revenu médian tournant autour de 4.000 € brut — en Belgique et un pensionné sur trois. Et elle se répercute tout au long de la vie, la perte étant cumulative. Notre calculateur vous permet d’évaluer la perte que vous subirez.

D’où vient l’index ? Bref rappel historique

Le mécanisme d’indexation a été introduit pour la première fois en Belgique au début du XXe siècle. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale a provoqué des hausses de prix spectaculaires. Un premier « indice des prix de détail » a été créé pour y faire face, en 1920, avec comme base « avril 1914 = 100 ». Cela a permis de mieux suivre les fluctuations des prix et, si nécessaire, d’ajuster salaires et allocations.

À sa création, le panier de l’indice comptait une cinquantaine de produits. Des centaines d’articles ont été ajoutés — et aussi supprimés — au fil du temps. Et le système, entretemps étendu à de nombreux secteurs professionnels, a également subi diverses modifications et réformes.

Les années 80, l’index devient bouc émissaire

Au début des années 1980, l’indexation automatique des salaires a été soumise à une forte pression. Les chocs pétroliers des années 1970 ont propulsé les prix de l’énergie — et l’inflation — vers le haut. Avec l’indexation automatique, les salaires suivaient mécaniquement la hausse des prix. Dans ce contexte, l’index a été, à tort, désigné comme bouc émissaire et dès lors pris pour cible. Plusieurs suspensions et sauts d’index ont été appliqués. C’était le début d’une longue liste d’offensives contre le pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs.

Le drame français de l’index

La crise du début des années 1980 a aussi frappé la France. Mais du point de vue syndical, la réponse française a été encore plus brutale : l’indexation automatique y a été supprimée. Les négociations salariales sectorielles sont devenues la norme. Aujourd’hui, seul le salaire minimum — le SMIC — reste partiellement indexé. Éric Sellini, délégué de la CGT, présent lors d’un séminaire sur le sujet, avertit : « Protégez votre index à tout prix, avant qu’il ne soit trop tard. En France, chaque hausse de salaire doit être arrachée par des grèves et des actions. On dépend donc fortement de la mobilisation, et même dans ce cas, les salaires ne suivent pas l’inflation. »


« Protégez votre index à tout prix, avant qu’il ne soit trop tard.  »

— Éric Sellini, délégué de la CGT

L’exemple du Luxembourg

Avec Chypre et la Belgique, le Luxembourg fait partie des derniers pays de l’UE à conserver une indexation automatique. Dès que l’inflation dépasse le seuil de 2,5%, salaires et pensions y sont automatiquement relevés du même pourcentage. Là où la Belgique connaît des différences sectorielles, le Luxembourg applique un système uniforme. Mais là aussi, dès que l’index pivot est atteint, le débat s’enflamme : certains économistes, employeurs et responsables politiques crient au loup, et les syndicats doivent se mobiliser. « À chaque crise majeure, l’index est pris pour cible, et nous le protégeons. Tant que l’index existera, il sera attaqué. Et nous serons les seuls à le défendre », indiquait Pitt Bach, Secrétaire central du syndicat luxembourgeois OGBL.

Rupture de contrat

L’indexation automatique n’est pas une augmentation salariale, c’est tout simplement l’adaptation du salaire au niveau du coût de la vie. L’application d’un saut d’index — partiel ou non — n’est rien d’autre qu’une rupture de contrat, et un vol de pouvoir d’achat. C’est aussi une porte ouverte à d’autres manipulations, et à un démantèlement toujours plus grand. C’est pourquoi la FGTB lance sa nouvelle campagne, véritable déclaration d’amour à un mécanisme qui a prouvé son efficacité depuis plus d’un siècle.

Lien utile :

  • Cliquez ici pour calculer combien vous allez perdre avec le saut d’index partiel.
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