Chaque année, la FGTB Horval se rend dans les pays avec lesquels elle partage des projets syndicaux internationaux. Il y a quelques semaines, une délégation Horval s’est déplacée en Bolivie et au Pérou pour rencontre rles partenaires locaux et évaluer l’avancée du programme en cours dansla région. Fabienne Durieux, déléguée aide familiale en Wallonie picarde, a participé à la mission en Bolivie. Nous l’avons rencontrée à son retour en Belgique.
Si les délégations qui participent aux missions sont habituellement composées de représentants Horval (coprésident, secrétaires permanents) et de représentantsd’ONG, il arrive aussi qu’il soit proposé à un délégué, travailleur de terrain, d’y participer. Pour Fabienne, aide familiale depuis plus de 30 ans et représentante syndicale, il s’agissait d’une opportunité difficile à refuser : « Je suis déléguée depuis plus de25 ans pour défendre et être à l’écoute des travailleurs. Dans notre section, des délégués avaient déjà été sur le terrain, en Bolivie, en 2022. Quand on a parlé de la mission pour 2025 en exécutif, je n’ai pas hésité. Je voulais pouvoir me rendre compte des conditions de travail, du parcours syndical des travailleurs boliviens, et échanger sur leur combat syndical ».
Des rencontres marquantes
Durant cette mission, étalée sur une semaine, la délégation belge avait un programme bien chargé. Pour Fabienne, la rencontre avec les travailleuses domestiques boliviennes était particulièrement attendue. C’est d’ailleurs cette rencontre qui l’a le plus marquée durant la mission. Elle nous en parle : « Ce sont des travailleusesqui se battent pour avoir un travail et une rémunération corrects, des horaires convenables ». Ces revendications font écho à celles des travailleuses domestiques belges. Pourtant, comme Fabienne nous l’explique, la situation est bien plus critique en Bolivie : « Elles vivent directement chez leur patron, dans la maison où elles travaillent. Elles n’ont pas de contrat, aucune reconnaissance. Elles doivent abandonner leurs enfants pour pouvoir aller travailler, elles n’ont aucune vie de famille. Elles sont comme des esclaves ».
Si les mots sont difficiles à entendre, ils reflètent bien les conditions de travail précaires de ces travailleuses boliviennes. Elles qui sont forcées, lorsqu’elles n’ont plus de travail, de gagner un salaire par d’autres moyens. « Si elles ne travaillent pas, elles n’ont pas de chômage comme en Belgique. Elles essayent donc de faire autre chose, elles confectionnent par exemple des petits objets qu’elles essayent tant bien que mal de vendre dans la rue » relate avec gravité Fabienne.
Fabienne a également pu vivre d’autres rencontres tout aussi enrichissantes. La délégation a notamment rencontré les Gastronómos, les travailleurs de l’Horeca et leurs représentants syndicaux, que la FGTB Horval soutient grâce à un programme de formation. Etaient également prévues au programme, des rencontres avec divers syndicats de l’industrie alimentaire : coupeurs de canne, travailleurs d’usines sucrières…
La résilience des travailleurs et travailleuses boliviens
La lutte syndicale en Bolivie s’avère nettement plus difficile que chez nous, les libertés syndicales y étant bien plus restreintes qu’en Belgique (un modèle qui ferait rêver l’Arizona…). Les élections présidentielles de novembre 2025, marquées par la victoire de la droite face à la gauche au pouvoir lors de la législature précédente, ne devraient pas améliorer une situation déjà préoccupante.
Malgré tout, comme nous l’explique Fabienne, les travailleurs boliviens se montrent très résilients : « Si les travailleurs se mettent en grève, ils n’ont aucune indemnité, rien. Ils descendent dans les rues, mettant parfois jours et nuits à arriver au lieu de manifestation, et ne lâchent rien. Ils se battent avec force, car ils n’ont pas d’autre choix. S’il y a encore certaines protections en Belgique, là-bas ce n’est pas du tout le cas ». Elle ajoute au sujet des partenaires qu’elle a pu rencontrer : « Malgré leurs difficultés,ce sont des gens très chaleureux. Ils ont peu de moyens mais nous accueillent toujours avec le sourire. Ils sont très reconnaissants de l’aide qu’Horval peut leur apporter pour s’organiser ».
Si les travailleurs se mettent en grève, ils n’ont aucune indemnité, rien. Ils descendent dans les rues, mettant parfois jours et nuits à arriver au lieu de manifestation, et ne lâchent rien.
Fabienne Durieux, déléguée Horval
Continuer les échanges
Cette mission a sensibilisé Fabienne sur l’importance de la solidarité syndicale internationale. « Oui, il faut continuer à avoir des échanges et à apporter un soutien collectif, à organiser ces travailleurs, les former pour obtenir des conditions de travail correctes et ne plus se faire exploiter » nous affirme-t-elle avec détermination. Fabienne nous confie d’ailleurs qu’elle ne serait pasopposée à l’idée de renouveler cette expérience à l’avenir, bien au contraire, et encourage vivement les délégués qui en ont l’occasion à se lancer à leur tour : « Il ne faut pas passer à côté de l’occasion de participer à ce type de mission syndicale. C’est important de se rendre compte de ce que subissent les travailleurs dans certains pays du monde. Ça permet aussi d’enrichir nos propres combats syndicaux en Belgique ».

« C’est important de se rendre compte de ce que subissent les travailleurs dans certains pays du monde. Ça permet aussi d’enrichir nos propres combats syndicaux en Belgique. »
— Fabienne Durieux, déléguée Horval

L’importance de la solidarité syndicale internationale !
La solidarité syndicale internationale fait entièrement partie de la stratégie syndicale menée par la FGTB Horval. Le combat syndical ne peut se faire de manière isolée face un à capitalisme globalisé sans frontière. Les mouvements syndicaux à travers le monde se doivent d’aborder les combats en étant unis et solidaires.
Depuis plusieurs années, la FGTB Horval développe de nombreux projets syndicaux en Afrique (Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire) et en Amérique latine (Bolivie, Colombie, Cuba, El Salvador, Honduras, Pérou) en collaboration avec des ONG belges (Solsoc, FOS, IFSI).
