Usines, supermarchés, transports, alimentation, hôpitaux, écoles… Ce lundi 31 mars de nombreux secteurs étaient à l’arrêt. L’objectif ? Rappeler que ce sont les travailleurs et les travailleuses qui créent les richesses. Pourtant, les mesures imposées par le gouvernement semblent aller dans le sens inverse, niant leur rôle essentiel. Il est temps d’exiger du respect : un travail décent, un équilibre vie privée/vie professionnelle, une protection sociale forte, des fins de carrières dignes. Syndicats Magazine a recueilli des témoignages de grévistes sur le terrain.
Elvan Ozdemir, 35 ans, déléguée chez CEVA Logistics à Willebroek, a fait grève par solidarité. « J’ai peur pour l’avenir. Ils veulent nous retirer, petit à petit, de nombreux droits concquis. Avec cette grève, nous montrons notre désaccord face aux décisions du gouvernement De Wever. Nous, travailleurs, donnons déjà tellement, et ils veulent encore nous faire travailler plus longtemps et plus durement. C’est déjà assez difficile comme ça. Avec un tel gouvernement, notre quotidien ne fera que se compliquer. »







Flexibilité à outrance, sursalaires supprimés
Danny Van der Heyden, 63 ans, est délégué Carrefour pour les régions Flandre orientale et occidentale où de nombreux hypermarchés et supermarchés ont fermé leurs portes le 31 mars jusqu’à 10 heures. « Bientôt, nous négocierons avec la direction sur l’ouverture des magasins le dimanche. Cela signifie encore plus de flexibilité imposée, alors qu’il est déjà difficile de concilier travail et vie privée. Aujourd’hui, nous connaissons nos horaires six semaines à l’avance. La direction veut diminuer ce délai à trois semaines. Comment organiser sa vie familiale dans ces conditions ? » s’interroge-t-il.
Lindsay De Cicco, elle, est carriste au centre de tri FedEx, près de l’aéroport de Liège et suppléante au CE. Un travail physique pénible avec des horaires de nuit. « Chez FedEx, on commence souvent à 22h, donc on aura déjà deux heures de moins en prime de nuit. Mais il y a aussi des collègues avec des horaires 19h -3h par exemple. Ils vont être encore plus impactés. Le sursalaire équivaut à 20% de supplément salarial par heure. Si on fait le calcul pour un mois ça peut vraiment faire la différence. On essaye de nous retirer quelque chose que nous avions acquis. On n’est pas d’accord, on ne se laissera pas faire !«

« On essaye de nous retirer quelque chose que nous avions concquis. On n’est pas d’accord, on ne se laissera pas faire ! »
— Lindsay De Cicco, Suppléante au CE chez FedEx
Pensions rabotées
Léon Lombardo, Président des pensionnés de la section de la CGSP de Liège et ancien cheminot, était au rassemblement devant la Gare de Liège-Guillemins. « Je suis là aujourd’hui pour soutenir mes collègues actifs. Pour le moment, on recule sur tout : sur les pensions, sur la sécurité sociale, sur le statut des cheminots…«
Pour Léon, il faudrait que les personnes qui exercent des métiers pénibles, où l’espérance de vie est moins élevée, puissent partir en pension plus tôt. « Quand on prend le métier d’infirmière, celles qui font les pauses – c-à-d les nuits, les matins, etc. – ont une espérance de vie entre 5 et 10 ans en moins que celles qui font des horaires 8-16h. À la SNCB, il y a les agents de triage qui travaillent dehors, par tous les temps. Ils doivent accrocher les trains. Ce métier est particulièrement dangereux. Lorsque j’étais délégué, j’ai vu trois agents de triage se faire couper en deux… » En Belgique, l’espérance de vie en bonne santé est actuellement de 64 ans. « Et on veut faire travailler les gens jusqu’à 67… J’ai beaucoup de collègues qui sont morts avant 65 ans ; ils n’ont pas pu profiter de leur pension… »



Pour Léon, la suppression des pensions de survie est aussi une aberration. « On a cotisé pour que les veuves aient droit à une pension de survie et maintenant on les supprime… Les femmes vont casquer avec ce nouveau gouvernement. Elles sont doublement pénalisées : sur leur carrière, parce que c’est souvent elles qui s’occupent des enfants et travaillent à mi-temps. Mais aussi dans le calcul de leur pension, car elles ne pourront pas comptabiliser le nombre de jours requis. »
Et maintenant ?
Pour Thierry Bodson, Président de la FGTB, le bilan de la grève est positif : « Les travailleurs sont en train de prendre conscience de ce que vont représenter concrètement les décisions qui sont prises. La grève est vraiment réussie de façon tout à fait spontanée. Les piquets étaient là pour montrer qu’on est présents, pas pour empêcher les gens de travailler. » Le délégué Danny Van der Heyden, abonde dans le même sens : « C’était un signal fort envers la direction. Les travailleurs peuvent fermer les magasins, et si nécessaire, plus longtemps.«

« Les travailleurs sont en train de prendre conscience de ce que vont représenter concrètement les décisions qui sont prises. »
— Thierry Bodson, Président de la FGTB



Et maintenant ? « La suite, c’est une journée d’actions le 29 avril au niveau provincial » conclut le Président de la FGTB. Le rendez-vous est fixé. Infos à suivre…
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