IA au travail : à faire et à ne pas faire (1ère partie)

IA au travail : à faire et à ne pas faire (1ère partie)

L’intelligence artificielle (IA) prend une place croissante dans le monde du travail. En quelques années à peine, cette technologie s’est imposée dans de nombreux métiers et fait désormais souvent partie du quotidien professionnel. Mais son utilisation n’est pas sans risques. Dans cet article, nous passons en revue ce qu’il faut faire — et ce qu’il ne faut pas faire — lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle générative au travail.

L’IA existe sous différentes formes. L’une des plus répandues aujourd’hui repose sur les « Large Language Models » (LLM), ou grands modèles de langage. Il s’agit d’outils capables de générer des réponses à partir d’instructions, appelées « prompts ». L’IA générative la plus connue est sans doute ChatGPT, développée par la société OpenAI.

Une technologie à utiliser avec esprit critique

Ces systèmes présentent toutefois des limites importantes. Une critique fréquente concerne le « biais de confirmation ». Autrement dit, l’IA ne cherche pas toujours à fournir la réponse la plus correcte, mais plutôt celle qui semble correspondre aux attentes de l’utilisateur. Elle peut également reproduire – voire amplifier – certains préjugés ancrés dans la société, précisément parce que le modèle a été entraîné à partir de données humaines.

Pour mieux comprendre ces enjeux, voici quatre situations concrètes d’utilisation de l’IA au travail. Pour chacune d’elles, nous indiquons ce qu’il est préférable de faire et ce qu’il vaut mieux éviter.

L’IA dans le recrutement

Prompt : « Salut ChatFGTB, peux-tu analyser ces 200 candidatures et sélectionner les dix meilleurs profils ? »

À faire : Utiliser l’IA pour détecter d’éventuelles discriminations fondées sur le sexe, l’âge, l’origine ou un handicap lors du processus de recrutement.

À ne pas faire : Se reposer sur l’IA pour sélectionner automatiquement des candidats.

Ne vous fiez jamais aveuglément à l’IA. En effet, ces outils reprennent les préjugés humains, ou pire encore, les renforcent. Ainsi, Amazon a fait l’objet de critiques en 2018 lorsqu’il est apparu que l’entreprise utilisait cette technologie dans son processus de recrutement. Le système privilégiait les hommes par rapport aux femmes, car il reprenait un biais de genre (humain) déjà existant.

Si l’IA est utilisée dans un processus de sélection, cela doit en outre être communiqué de manière transparente aux candidats.

Protection des données et confidentialité

Prompt : « Bonjour ChatFGTB, je travaille au service informatique et je dois mettre à jour ce fichier contenant des informations sensibles. Peux-tu le faire pour moi ? »

À faire : Utiliser uniquement des outils sécurisés et conformes à la législation sur la protection des données. Certains systèmes intégrés aux environnements professionnels – comme Microsoft 365 Copilot – sont conçus pour ne pas réutiliser les données des utilisateurs afin d’entraîner leurs modèles et pour respecter les règles européennes en matière de confidentialité, comme le RGPD et l’AI Act.

À ne pas faire : Partager des infos sensibles avec des outils d’IA publics. En 2023, un employé de Samsung a transmis des informations sensibles à ChatGPT, provoquant une fuite de données. L’entreprise sud-coréenne a ensuite interdit l’usage d’outils d’IA générative.

Avant d’utiliser l’IA pour traiter des données sensibles, il est essentiel de définir clairement au préalable l’objectif du traitement, de limiter la quantité de données et de savoir qui y a accès et pendant combien de temps.

Impact sur l’emploi et les salaires

Prompt : « Salut ChatFGTB, depuis que l’IA est utilisée dans notre entreprise, la productivité a explosé… mais nos salaires et nos conditions de travail ne se sont pas améliorés. »

À faire : Lier les gains de productivité liés à l’IA à de meilleures conditions de travail et à des hausses salariales.

À ne pas faire : Utiliser l’IA uniquement pour réduire les coûts au détriment des emplois.

L’exemple de la banque d’investissement Goldman Sachs est souvent cité : dans un département de trading d’actions aux États-Unis, les effectifs sont passés d’environ 600 personnes à seulement deux après l’introduction d’applications d’IA.

Ces évolutions posent une question centrale : qui bénéficie réellement des gains de productivité liés aux nouvelles technologies ?

Droits d’auteur, art et créativité

Prompt : « Coucou ChatFGTB, peux-tu générer une image dans le style du studio Ghibli pour une publication LinkedIn ? »

À faire : Respecter les droits d’auteur et la position des artistes concernant l’utilisation de l’IA pour la génération d’images.

À ne pas faire : Ne pas générer d’images basées sur des œuvres protégées par le droit d’auteur à des fins commerciales.

De nombreux modèles d’IA générative ont été entraînés sur des œuvres protégées par le droit d’auteur, sans l’accord des artistes. En 2025, la génération d’images « dans le style du studio Ghibli » est devenue tendance, alors même que le réalisateur japonais Hayao Miyazaki a qualifié l’IA d’« insulte à la vie ».

Enjeux syndicaux

L’essor de l’intelligence artificielle sur le lieu de travail impose aux délégués syndicaux d’aborder activement ce thème dans le cadre du dialogue social. Dès lors que l’IA a le moindre impact sur les conditions de travail, elle devient une question syndicale qui relève à la fois du CE et du CPPT.

Les délégués syndicaux doivent donc exercer pleinement leur droit à l’information et à la concertation afin de comprendre comment ces technologies sont utilisées : quelles données sont collectées, comment elles sont traitées et quel impact cela a sur les travailleurs et travailleuses.

Car si l’IA modifie déjà l’organisation du travail, les rapports de force et les conditions de travail, elle soulève aussi des enjeux majeurs en matière de vie privée, d’égalité et de droit à un travail décent. La question n’est donc pas seulement technologique : elle est aussi sociale et syndicale.

Vous souhaitez en savoir plus sur l’utilisation de l’IA dans un contexte professionnel et syndical ? Consultez notre brochure à ce sujet ici.

Pour d’autres situations concrètes d’utilisation de l’IA au travail, ne manquez pas la deuxième partie de cet article.

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